
La tonalité de cet ouvrage et la ferveur de l’écriture pourraient laisser croire à une certaine intolérance, voire à une aversion vis-à-vis de l’Occident. Naturellement, il n’en est rien. L’auteur est à mille lieues de tout extrémisme.
plusieurs ouvrages notamment, Mohammed, le vrai visage du prophète de l’Islam.
Il n’est ni antisémite ni anti-occidental. Il apporte un témoignage sur des faits précis, passés et présents, qui ont traumatisé ou traumatisent encore les musulmans. Ses propos sont étayés par des références académiques précises, souvent occidentales, puisées à bonne source.
L’islam est accusé, à tort, d’être intrinsèquement violent. Ce livre veut montrer, preuves à l’appui, que la violence a été introduite en terre d’islam par l’Occident.
Il s’agit d’une relation de faits historiques bien établis qui ne sont sous tendus par aucune animosité particulière à l’endroit de qui que ce soit. Même si le verbe est sans concession et la langue de bois et la complaisance proscrites. N’est-ce pas toujours un plaisir de s’instruire en sentant battre un cœur humain ?
C’est, du reste, avec la même force et la même véhémence que nous nous élevons, par ailleurs, contre les méthodes inhumaines et contre productives des islamistes radicaux et contre l’incurie et la corruption de la plupart des chefs d’Etat musulmans notamment arabes, que l’Occident a transformé en gardiens avilis et zélés de ses intérêts au détriment de ceux de leur peuple.
Colonisation et mondialisation : les deux faces d’une même pièce
Avec la lame de fond qui déferle sur le monde arabe, il faut se rendre à une évidence. Le temps des gouvernants inamovibles est révolu. Tout comme est révolu celui de la présence aussi envahissante que stérile de l’Occident dans les pays musulmans.
La "coopération" avec les anciennes métropoles devra se fondre dans le multilatéralisme. Le monde musulman ne peut continuer à être une chasse gardée de l’Occident. Un Occident, de surcroît, décadent. Les traumatismes consécutifs à la colonisation sont encore vivaces dans la mémoire collective. Par ailleurs, le pillage systématique de ses ressources naturelles par le biais de relations économiques post-coloniales pour le moins inégales, accentuées par les effets pervers de la mondialisation, ont eu des conséquences dévastatrices : la dette, la faim, la paupérisation, bref, le sous-développement et des perspectives d’avenir quasi-obstruées.
Hier, la colonisation s'est caractérisée, par la pratique des formes les plus barbares de violence à l'endroit des populations autochtones et par un pillage systématique de leurs ressources naturelles. En effet, tout a été mis en œuvre – la fin justifiant les moyens – pour que cette entreprise coloniale atteigne trois objectifs bien précis : mainmise sur les matières premières des pays colonisés, débouchés commerciaux pour les produits des métropoles et une évangélisation active, c'est-à-dire la propagation du christianisme dans les colonies.
Aujourd'hui, après les indépendances, l'asservissement et l'exploitation de ces peuples continuent sous une forme plus policée avec la nouvelle invention de l'Occident: la mondialisation. Les musulmans sont-ils condamnés à être éternellement traités en sous-hommes et à mener une existence qui confine à l'infamie dans le sillage d'un Occident décadent qui veut imposer, contre vents et marées, ses valeurs et son mode de vie au reste du monde? Cet Occident arrogant qui se permet de distribuer les bons et les mauvais points en terre d'Islam et qui, à l'occasion, inflige des punitions comme il l'a fait avec les terribles résultats que l'on sait en Irak ou en Afghanistan.
Cette situation d'infériorité pour le moins avilissante peut-elle perdurer indéfiniment? Nullement. Les peuples musulmans meurtris dans leur chair et leur âme ont désormais une ardente soif de dignité et d'authenticité, un besoin impératif de renouer avec leur grandeur d'antan.
Pour eux, des notions comme la liberté, l'égalité ou la tolérance ont un sens et ne sauraient être l'apanage des seuls Occidentaux. Cette pratique de deux poids et de deux mesures qui sous-tendait jusqu'il y a peu les relations internationales est à jamais révolue. Les peuples du tiers-monde en général et les musulmans, en particulier, ont déjà payé le prix fort et sont aujourd'hui en droit de dire: ça suffit! Les traumatismes consécutifs aux crimes de l'Occident en terre d'Islam, croisades, génocide andalou, traite négrière, colonisation, etc. sont encore vivaces dans la mémoire collective.
Ajoutons à cela les effets pervers de la mondialisation, le nouveau subterfuge de l'Occident qui consiste, en réalité, sous prétexte d'ouverture du commerce et de libéralisation des échanges, à établir un système de vases communicants où les ressources naturelles des pays du tiers-monde continuent à être siphonnées par les anciennes métropoles. Car la mondialisation c'est un peu comme la boxe. Les Etats, comme les boxeurs, sont classés par catégories en fonction de leurs poids et de leur puissance. L'issue d'un combat entre un poids lourd et un poids mouche est connue d'avance. Le combat est inégal. On permet au poids mouche de monter sur le ring mais, le plus souvent, il le quitte les pieds devant. C'est un peu la saignée du médecin de Molière: "Vous allez mourir mais vous serez guéri".
La notion de violence est consubstantielle à la pensée et à la civilisation occidentales
Des croisades au début de ce troisième millénaire, l'Occident a toujours semé la mort et la désolation en terre d'Islam. Le bilan de sa présence pendant et après la colonisation est on ne peut plus stérile.
Plusieurs siècles de colonisation et une cinquantaine d'années de "coopération" post-coloniale avec les anciennes métropoles ont laissé beaucoup de pays musulmans exsangues. Moribonds.
Le comble, c'est que cet Occident repu et décidé à n'admettre que ce qui se rattache de près ou de loin aux valeurs judéo-chrétiennes, pousse l'indécence jusqu'à assimiler, dans le subconscient collectif de ses citoyens, les musulmans à des fanatiques, à des terroristes potentiels. Lui dont le passé et le présent baignent dans des flots de sang veut se défausser sur les autres et s'ériger en modèle de vertu et de tolérance. Sa propension islamophobe, de plus en plus affichée, n'est rien d'autre que l'expression haineuse d'une rivalité religieuse et culturelle irréductible.
L'Occident, un havre de paix, de tolérance et d'ouverture? Soyons sérieux! Ce n'est ni plus ni moins que se gargariser de mots. La violence a été introduite en terre d'Islam par les Occidentaux.
En effet, jadis comme naguère, la "violence" en islam a toujours été une réponse aux agressions venues de l'Occident chrétien. Ce constat ne s'est jamais démenti au fil du temps, qu'il s'agisse des croisades ou de la colonisation en passant par la reconquista espagnole en Andalousie. Les musulmans se sont toujours retrouvés dans une posture de légitime défense. A chaque fois, ils ont été agressés chez eux. On aura beau essayer de réécrire l'histoire à coups de contorsions, il s'agit de faits historiques bien établis. Indiscutables.
La notion de violence est consubstantielle à la pensée et à la civilisation occidentales. Marx et Engels, dans leur opuscule, "Le rôle de la violence dans l'histoire", en ont dressé un répertoire non exhaustif. Georges Sorel en a fait de même dans "Réflexions sur la violence".
Carl von Clausewitz ou Hans Morganthau - deux exemples parmi tant d'autres – ont développé des stratégies sur fond de guerre et de violence. Ces écrits ont nourri la théorie des relations internationales. Le concept de puissance chez Morganthau, à lui seul, résume bien cette apologie de la violence.
Naturellement, les Ecritures saintes judéo-chrétiennes, comme la Bible ou l'Evangile (falsifiés pour servir de vils intérêts ici – bas), restent, historiquement, la première source de violence dans la civilisation occidentale. Par analogie, juifs et chrétiens ont cherché à transposer aux musulmans ce qu'ils disent être écrits dans leurs propres Livres saints. C'est-à-dire ce qu'on appelle communément la théologie criminogène des institutions judéo-chrétiennes. Pour eux, les musulmans croient en un Dieu (Allah) qui serait, à leur image, cruel et vindicatif.
Ces assertions sont d'une vacuité déconcertante. Car le monothéisme abrahamique Judaïsme, Christianisme et Islam n'a, par définition, qu'un Dieu unique, le Dieu d'Abraham.
Pour les chrétiens – comme, du reste, pour les juifs –, l'Islam se serait propagé par l'épée. Le christianisme s'est, lui, répandu, au contraire, par la conquête des cœurs, loin de toute coercition physique ou morale. Dans cette présentation des choses, les chrétiens frappés d'amnésie, font table rase de deux millénaires d'une histoire aussi cruelle que sanglante. Par un raccourci saisissant, ils citent toujours le Christ comme si la roue de l'histoire s'était arrêtée depuis lors. "Si quelqu'un te frappe sur une joue, tend lui l'autre".
Comme tous les prophètes, si Jésus ne répondait pas au mal par le mal et s'il invitait ses apôtres à aimer leurs ennemis et à bénir ceux qui les haïssaient, l'histoire de la chrétienté est, quant à elle, à mille lieues de cet angélisme.
La violence dans le Christianisme
En feuilletant le livre noir de la chrétienté, on est frappé par la constance et le caractère invétéré de la violence aveugle des chrétiens. Une violence qui confine à la barbarie. Dès lors, comment expliquer que ces donneurs de leçons d'aujourd'hui stigmatisent la violence qui serait selon eux, intrinsèquement inhérente à l'Islam, eux dont la propre histoire n'a été qu'un terrifiant flot de sang.
Quel crédit peut-on donc accorder aux assertions mensongères qui visent à présenter le christianisme comme une religion de paix et d'amour? Au-delà du paravent fallacieux, comment peut-on nier que l'Occident chrétien ait toujours été le berceau d'une violence inouïe, depuis les croisades, la Choah contemporaine, en passant par la reconquista, l'inquisition, les guerres de religion et jusqu'à la colonisation, etc?
Les guerres fratricides entre catholiques et protestants ont fait des millions de morts. Plus près de nous, au XXe siècle, les chrétiens se sont encore entretués lors des deux Guerres Mondiales. Là aussi, les morts se comptent par dizaines de millions.
Un chercheur européen chrétien écrira "Les prophéties de Jésus ne se sont pas réalisées, à l'exception de cette phrase: "Je ne suis pas venu apporter la paix; mais l'épée" ."Les croisades n'ont-elles pas précisément été menées au nom du Christ, et les sorcières, les hérétiques et les juifs, n'ont-ils pas, eux aussi, été brûlés sur le bûcher au nom de la "très sainte Trinité?".
Dans son "Essai sur les Mœurs" (1756), Voltaire, en observateur objectif, témoigne: "L'instituteur divin du christianisme, vivant dans l'humilité et la paix, prêcha le pardon des outrages, et sa sainte et douce religion est devenue, par nos fureurs, la plus intolérante de toutes et la plus barbare".
Supplice du bûcher, de la roue, massacres à grande échelle de populations indigènes innocentes et désarmées en Amérique, en Australie, en Afrique, qui relèvent du crime contre l'humanité et du crime de génocide, pratique immonde de l'esclavage, traite négrière, inquisition, qui violent et bafouent la dignité humaine; guerres intereuropéennes et guerres extérieures comme les croisades ou les guerres coloniales, etc. Voilà un répertoire non exhaustif de la violence chrétienne. Face à tant de violence physique, morale, psychologique, religieuse… qui pourrait, encore une fois, parler du christianisme comme d'une religion de paix, d'amour et de tolérance? Dans ce triste palmarès de la violence et de l'horreur, seuls les juifs pourraient rivaliser avec les chrétiens, voire les surpasser.
La violence dans le judaïsme
Dans la Bible (falsifiée), la violence est exercée au nom de Dieu. Régis Debray, écrit: "Il suffit d'ouvrir le livre de Josué pour voir mis en œuvre, au nom de Dieu, ce qui est, au sens strict, un génocide" .
Dans la Torah (une des trois parties de la Bible), on peut lire: "Détruisez les villes que Dieu vous lègue et tuez-en les peuples, n'en laissez aucun en vie. Détruisez les villes toutes entières, comme les villes des Héthiens, Amoréens, Canaéens, Phéréziens, Héviens et des Jébusiens, etc, comme Dieu vous l'ordonne" .
Youssef el Qardaoui met en exergue cette violence inouïe des juifs prétendument exercée au nom de Dieu: "Les Occidentaux ont puisé dans la Bible l'idée de l'extermination de l'autre et ont commis des massacres abominables dont l'histoire a honte. Nous sommes tous témoins des crimes barbares perpétrés par les juifs et les sionistes contre le peuple palestinien dont ils ont tué femmes, enfants, vieux, civils sans relâche, sans pitié et sans aucune considération de l'être humain comme ils l'ont fait à Dir Yacine et ailleurs. Ils ont même tué de sang-froid, les femmes enceintes, leurs fœtus; les enfants devant leurs parents et les parents devant leurs enfants.
En semant la terreur dans le cœur des Palestiniens, ils les ont chassés de leur territoire et les ont occupés. Par leurs actes barbares, ils ont appliqué la loi de la Bible qu'on leur a apprise, ils ont tout exterminé sans y laisser aucun être vivant! Telle est la loi de la Bible selon ces peuples. Tout détruire et tout massacrer. Ainsi fut selon eux, l'ordre donné par Dieu à Moïse, son peuple et ses adeptes, de détruire et de tuer sans autre alternative que l'épée".
Cette cruauté inouïe des juifs est mise en exergue dans le Coran. Dieu dit à l'adresse des juifs: "Vos cœurs se sont par la suite endurcis; ils sont devenus comme des rocs ou encore plus durs" . Même les prophètes n'étaient pas à l'abri de ce carnage. Les juifs, toujours assoiffés de sang, les tuaient quasi systématiquement et sans raison.
Pour se démarquer des atrocités du judaïsme, et en dépit des flots de sang dans lesquels baigne l'histoire de la chrétienté, les chrétiens affirment, malgré tout que "leur Dieu n'est plus le Dieu terrible, punisseur et vengeur de l'Ancien Testament", c'est-à-dire celui des juifs .
L'exégète Youssef Qardaoui résume bien la situation: "J'ai toujours affirmé que la civilisation occidentale n'est pas celle de Jésus mais celle de l'antéchrist, qu'elle est aveuglée par le matérialisme pur et dur".
Violence et colonisation : une responsabilité qui ne peut être occultée
Juifs et chrétiens veulent faire peau neuve et se débarrasser d'un héritage peu glorieux. Forts de leur puissance économique, culturelle et militaire, ils cherchent à faire oublier ce boulet qu'ils ont traîné des millénaires durant et à s'envelopper dans les draps de la vertu en chevauchant la démocratie. Un sauf-conduit qui les absout de leur passé et leur confère la respectabilité. Mais personne n'est dupe. Car il ne s'agit, ni plus ni moins, que d'un déni de l'histoire.
Au terme de ces développements, on ne peut occulter le rôle central qu'a joué l'Eglise dans cette violence inouïe perpétrée par l'Occident, notamment en terre d'Islam. En effet, l'Eglise a toujours été en première ligne, qu'il s'agisse des croisades, du génocide des musulmans en Andalousie, de l'extermination des Indiens en Amérique, des aborigènes en Australie, des indigènes en Afrique, de la traite négrière ou de la colonisation.
Peu importe le déni constant de l'histoire. Les Occidentaux balaient d'un revers de main tous ces crimes. Pour eux, seul l'Islam est intrinsèquement violent. Dans le subconscient collectif occidental, l'Islam doit toujours être associé à la violence et à l'intolérance.
Hier, on soutenait de façon effrontée que sa propagation s'est faite par l'épée, aujourd'hui, on nous sert un réchauffé sous forme d'une nouvelle variante de cette violence présumée: "Le terrorisme islamiste". Naturellement, l'Occident prend bien soin de taire son implication directe dans le long processus qui a conduit aux attentats sanglants qui ont mis certains pays musulmans à feu et à sang.
Dans notre livre, nous avons montré que la violence aveugle pratiquée par certains mouvements islamistes radicaux est totalement étrangère à l’Islam. C'est pourquoi, et quelles que soient les raisons invoquées, on ne peut qualifier ce genre d'actes que d'un seul mot: assassinats. Si les auteurs et les commanditaires de ces carnages échappent à la justice des hommes, ici-bas, ils ne pourront échapper, dans l'au-delà, à celle du Souverain Juge. Ceci dit, force est de reconnaître, en revanche, que ces mouvements islamistes ne sont que la partie visible de l'iceberg.
En réalité, tout le monde musulman, à l'exception d'une infime minorité de privilégiés, est en ébullition. Même si leurs actions sanguinaires n'ont rien à voir, ni de près ni de loin, avec l'Islam, ces mouvements islamistes n'en demeurent pas moins, l'expression des angoisses, du désespoir et du désarroi de la Oumma islamique. Les musulmans sont, en effet, traités avec mépris et dédain.
Stigmatisés, ils endurent le racisme et la xénophobie. Ils sont considérés – et le mot n'est pas trop fort – comme des sous-hommes. Leur religion est décriée, diabolisée. Au moment où les nations s'efforcent de se mettre en phase avec les impératifs d'une économie mondialisée où les faibles n'ont pas de place, les pays musulmans croupissent, pour la plupart, dans le sous-développement et la paupérisation. Ils restent, dans l'ensemble, comme jadis, confinés à un rôle subalterne de gardiens d'entrepôts à ciel ouvert, où l'Occident vient puiser à volonté dans leurs propres ressources naturelles.
Une situation avilissante en partie due au laxisme des régimes arabes et à leur collusion avec l'Occident. Un Occident dont la violence en terre d'Islam n'est pas sans rapport avec cette collusion de certains régimes avec les anciennes métropoles. Ce facteur de violence endogène qui constitue un affront à la Oumma islamique a longtemps nourri, entretenu et couvert toutes sortes d'exactions.
Révolutions arabes : le divorce entre l’Occident et le Monde musulman ?
Les peuples arabes, outragés, humiliés, excédés ont fendu l'armure et commencé à chasser du pouvoir des gouvernants qui se croyaient inamovibles. Il s'agit de révolutions spontanées avec un effet d'entraînement sans précédent dans l'histoire.
Il aura suffi d'une étincelle partie de Tunisie pour mettre le feu aux poudres dans tout le monde arabe. Une lame de fond qui est en train de tout balayer sur son passage. Autocrates et autres théocrates vont tomber les uns après les autres comme des fruits mûrs. C'est la fin, tant souhaitée, de systèmes verrouillés et vermoulus. Pour la première fois, le peuple, dans la rue, n'est pas mu par des revendications sociales. Il ne réclame pas du pain. Il revendique plus et mieux: la liberté et la dignité. Aucune idéologie islamiste ou autre ne sous tend ces mouvements de masse. Les jeunes qui sont à l'origine de ces révolutions arabes exigent, comme condition sine qua non, le départ de leurs gouvernants.
Le concept de révolution, dans la plénitude de son acception, désigne un soulèvement populaire qui aboutit, souvent, à un brusque et profond changement dans l'ordre établi.
S'agissant des révolutions arabes, l'Occident cherche à minimiser la portée historique de cet événement fondateur. En lieu et place du mot révolution, il parle de "printemps arabe" et essaie de faire croire que ces révolutions sont le fait des réseaux sociaux d'Internet, alors que ceux-ci n'ont joué, tout au plus, qu'un rôle de catalyseur. L'on sait qu'en chimie, le catalyseur favorise une réaction sans y intervenir.
En revanche, l'expression "printemps arabe" que l'Occident accole à cette déferlante qui secoue le monde arabe a un autre sens. Le Robert la définit comme suit: "Période pendant laquelle les espoirs de progrès (économique et social) semblent sur le point de se réaliser. Le printemps de Prague".
Assimiler les révolutions arabes à de simples revendications sociales limitées dans le temps procède, c'est le moins qu'on puisse dire, de la mauvaise foi. La réalité est que l'Occident ne veut pas que la paternité de ce mouvement de masse qui commence à faire tâche d'huile en Espagne, en Grèce, en Israël, aux Etats-Unis et même en Chine soit attribuée aux Arabes. Cette véritable révolution doit passer à la postérité comme un simple mouvement de contestation sociale. Un simple "printemps" arabe .
Quoiqu'il en soit, force est de reconnaître qu'une page se tourne et qu'une autre s'ouvre. Avec les révolutions arabes qui permettront aux peuples de s'émanciper du joug pesant des anciennes métropoles et de celui de leurs affidés locaux, avec la faillite fort probable du système économique néolibéral, sur fond de spéculation et d'usure, l'Occident est fragilisé jusque dans ses fondamentaux.
La prospérité de naguère laisse de plus en plus la place à la récession, au fardeau de la dette et à des lendemains incertains. Ajouter à cela le déclin démographique, les tensions sociales et une probable désintégration du camp occidental, à commencer par l'Union européenne. On aura, in fine, un Occident appauvri, vieilli et désuni. Et qui sera, probablement, relégué au second plan au niveau de la recherche, de l'innovation et de la technologie. Dans une dizaine d'années, tout laisse penser, en effet, qu'il ne figurera plus sur le podium du progrès et de la modernité. Un podium, vraisemblablement, occupé par la Chine, l'Inde et le Brésil.
Monde musulman : la Chine, un partenaire fiable de substitution à l’Occident
L'émergence de nouvelles zones de prospérité en Asie et ailleurs, fait qu'un nouvel ordre économique mondial est en train de se profiler à l'horizon. La Chine avec sa puissance économique, technologique et démographique, en constitue la locomotive et le fer de lance. On ne répétera jamais assez cette évidence élémentaire: l'Occident périclite et le centre de gravité du monde est en train de basculer vers l'Asie.
Le libéralisme ne sait plus à quel saint se vouer ou plus exactement à quelle école se vouer pour retrouver le chemin de la croissance. Keynes? Friedman? Le tout Etat? La non intervention de l'Etat? Nationalisations? Privatisations? Renationalisations? Equilibre budgétaire? Déficit? Mutualisation de la dette? Etc.
L'Occident est déboussolé. Il se fourvoie dans les labyrinthes insondables de la spéculation et de l'usure. Le libéralisme est en train de dévorer, à belles dents, sa progéniture.
Les institutions de Bretton Woods avaient, naguère, imposées aux pays en développement des programmes d'ajustement structurels. Un antidote aussi éphémère que toxique. Ironie du sort, c'est ce même Occident qui, aujourd'hui, - crise oblige – est en train pour éviter la banqueroute, de s'auto-appliquer ces recettes éculées du FMI et de la Banque Mondiale. Plus surprenant encore, l'Occident repu et arrogant, fait maintenant appel aux pays de la périphérie en l’occurrence ceux des BRICS pour lui venir en aide financièrement. Qui aurait cru, il y a encore peu de temps, que les pauvres d'hier seront appelés, aujourd'hui, au chevet des riches pour les sauver de la crise?
C'est dire qu'il n'y a pas de fatalité. L'essentiel est de compter sur soi-même et de s'entourer autant que possible, d'un environnement géopolitique favorable. Dans notre livre, nous avons souligné l'opportunité historique qui s'offre à un monde musulman uni et solidaire de s'arrimer économiquement à la locomotive chinoise tout en laissant se fondre dans le multilatéralisme ses relations avec l'Occident.
Mais, au fait, la Chine est-elle un partenaire économique fiable ? Avec une croissance annuelle à deux chiffres qui fait pâlir d’envie les pays occidentaux, la Chine s’affirme, au fil du temps, comme une puissance démographique, économique, industrielle, financière, monétaire, commerciale, technologique, militaire, spatiale, nucléaire et les extraordinaires performances accomplies par l’Empire du Milieu sur tous les plans en un temps aussi court relèvent du miracle. Il y a tout juste trente ans, la Chine était, à l’image des Etats communistes d’alors, un pays essentiellement rural, arriéré et largement sous-industrialisé.
Aujourd’hui, la Chine est devenue la deuxième puissance économique du monde. Selon les experts de la Banque Mondiale et de l’OCDE, l’Empire du Milieu, au rythme de sa croissance actuelle, ravira, dans une dizaine d’années la première place de l’économie mondiale aux Etats-Unis.
Arrimés à la puissante locomotive chinoise pour une coopération dynamique, équitable et décomplexée, les pays musulmans auront, naturellement,déjà, préparé le terrain politique pour l’avènement d’une union panislamique (UPM). Deux conditions sine qua non pour que les pays musulmans sortent de la léthargie et de la torpeur dans lesquelles ils se complaisent depuis des siècles. Car pas de méprise. Le monde musulman est aujourd’hui à la croisée des chemins. Il est confronté à un double défi : restaurer le califat en renouant avec l’esprit fondateur de Médine – on verra qu’il ne s’agit pas d’une utopie – et trouver une alternative crédible à l’Occident, c’est-à-dire un partenaire pour une coopération fiable et pérenne.L’étincelle de Sidi Bouzid a entrouvert des horizons jusqu’ici obstrués et permet, désormais, tous les espoirs. Doit-on avoir peur d’un éventuel « vide » qui serait consécutif à un désarrimage du monde musulman par rapport à l’Occident ?
Les révolutions arabes connaîtront, probablement, trois étapes distinctes: la première étape qui a commencé, consistera à faire tomber les dictateurs et soustraire, ce faisant, les peuples à la chape de plomb qui les opprime.
La deuxième étape consacrera une levée de boucliers des peuples musulmans contre l'Occident en vue de s'affranchir de son joug et de dénoncer (au sens juridique du terme) une coopération – sangsue qui les maintient dans la misère et dans la précarité.
La troisième étape sera une révolution idéologique qui imprimera une orientation politique fondatrice qui engagera solennellement l'avenir et le devenir de la Oumma. Cette étape, permettra, in fine, aux pays musulmans d'instaurer des régimes à la fois démocratiques par la libre expression du suffrage universel et conservateurs pour l'observance des principes de l'Islam. Ces régimes politiques seront un peu à l'image du régime politique turc mais seront mieux élaborés.
C'est-à-dire qu'il s'agira de régimes politiques ouverts sur le progrès et la modernité mais sous-tendus par les principes de tolérance, d'ouverture et de solidarité qui sont inhérents à l'Islam authentique.
La tâche sera d'autant plus aisée que dans les pays musulmans, l'armée n'aura pas à gérer un héritage à l'Attaturk qui en fera expressément la gardienne de la laïcité. Cela est d'autant plus vrai que le modèle occidental est en train d'échouer et que les Etats musulmans ne sont pas situés aux frontières de l'Europe comme c'est le cas de la Turquie.
Doit-on avoir peur d'un éventuel "vide" qui serait consécutif à un désarrimage du monde musulman par rapport à l'Occident? Les musulmans armés de leur foi parviendront-ils, sans encombre, à relever tous ces défis? Qu'il s'agisse du Jihad jadis ou aujourd’hui de problèmes politiques et économiques d’apparence insurmontables, l'expression – sésame reste pour eux: Allahou Akbar (Dieu est le plus grand). Cette expression peut déplacer des montagnes. Une expression qui, comme l'a si bien dit Roger Garaudy, relativise tout pouvoir, tout avoir et tout savoir.
Une fois de plus, le monde musulman est confronté à quatre fléaux:
- L'hostilité séculaire et viscérale de l'Occident judéo-chrétien;
- Des régimes inhumains (c'est l'épithète appropriée) qui sont le plus souvent au service de ce même Occident au détriment des intérêts de leurs peuples;
- Des islamistes radicaux qui faute d'un cadre approprié d'expression et d'action, recourent à une violence aveugle sans rapport avec l'esprit et la lettre de l'Islam;
- Un sous-développement structurel qui maintient beaucoup de pays musulmans dans le dénuement et la misère.
Les révolutions arabes d'une part, et la création de l'UPM d'autre part, viendront, probablement, à bout de ces fléaux. Comment?
Avec l'UPM et l'alternative chinoise, la coopération, quasi exclusive, à la fois infamante et stérile, des Etats musulmans avec l'Occident va perdre sa spécificité et se voir, enfin, diluée dans le multilatéralisme. Ainsi, les pays musulmans ne seront plus une chasse gardée de l'Occident. Les régimes arabes antinationaux vont, quant à eux, s'écrouler les uns après les autres et les peuples prendront alors en main leur destin.
Pour ce qui est des islamistes, les révolutions arabes leur ont coupé l'herbe sous les pieds. Leur combat sera de plus en plus sans objet et tout laisse à penser qu'ils vont chercher à prendre le train en marche.
Les islamistes deviendront alors une mouvance politique agissant dans un cadre constitutionnel et cherchant – comme tout parti politique – à conquérir le pouvoir. Naturellement, ils édulcoreront leur discours et leur programme politiques. Dans ce monde arabe postrévolutionnaire, on sortira de cette vision binaire qui veut que le pouvoir soit dévolu à une dictature ou à un islamisme radical.
Après une période, probablement, de remous, voire de troubles inhérents historiquement à toute révolution, le monde arabe prendra véritablement conscience qu'il est entré dans une nouvelle ère. Mais, il est probable qu'une fois la parenthèse des régimes musulmans postcoloniaux - souvent laïcs et/ou nationalistes - refermée, la propension soit très forte pour renouer avec un islam forgé par une tradition millénaire.
Enfin, pour lutter efficacement contre le sous-développement, l'UPM favorisera l'accès de ses membres à un développement endogène sur fond de solidarité et d’entraides aussi actives que désintéressées.
Vers un retour inéluctable du califat
Cette instance panislamique (UPM) dont on a dessiné les contours politiques et institutionnels dans notre livre, pourra être un moyen efficace pour restaurer l'unité et la vitalité d'une Oumma divisée et affaiblie. Elle pourra aussi constituer un jalon important vers l'instauration, à terme, du califat dont l'avènement est inéluctable à une échelle de temps que Dieu seul connaît.
Nous disons et soulignons bien le mot "inéluctable". Car dans un Hadith rapporté par Ahmad, Al-Bazzâr et At-Tabarânî et authentifié, entre autres, par Hâfidh Al Iraqî et par Shekh Al-Albânî, le Prophète a dit: "Le début de votre religion, c'est une prophétie et une miséricorde, puis ce sera un califat et de la bonté; puis ce sera une monarchie et un pouvoir absolu; puis ce sera (à nouveau) un califat et de la bonté".
"Je pense que l'ère du califat (mentionné plus haut) est désormais toute proche dans la mesure où le monde musulman est en train de vivre, aujourd'hui, l'ère du pouvoir absolu spécifié dans le Hadith" .
Pour le lecteur néophyte, nous rappelons que les prophéties du Messager d'Allah, confrontées aux faits, se sont toujours révélées rigoureusement exactes. Le Hadith cité plus haut illustre bien cette adéquation absolue entre les prédictions du Prophète et le déroulé d'événements à venir.
Ainsi, avec ce Hadith, on aura assisté successivement à:
- L'apostolat du Prophète;
- L'instauration du califat avec Abou Bakr, Omar, Othman et Ali;
- L’instauration de la monarchie et du pouvoir absolu du temps des Omeyyades aux révolutions arabes de ce début du XXIè siècle.
Le quatrième chaînon de la prophétie du Messager d’Allah, c’est-à-dire le retour au califat, est, lui aussi, en train de prendre forme. En effet, avec des chefs d’Etat débusqués, traqués dans une chasse à courre infernale puis lynchés avant leur mise à mort, avec des chefs d’Etat traînés devant les tribunaux en uniforme de prisonnier et enfermés dans une cage, avec des chefs d’Etat brûlés vifs ou en fuite à l’étranger pour échapper à la vindicte populaire, avec des chefs d’Etat sur le qui-vive et qui, face à la clameur de la rue, tentent vainement, pour sauver leur fauteuil, de colmater, ici et là, les brèches d’édifices voués à l'écroulement, cette page du pouvoir absolu, dans le monde musulman, est en train d'être tournée.
Une autre, apaisée, s'ouvre avec, à terme, un retour inévitable au califat. Aussi, le maillon encore manquant de la prophétie de l'Envoyé de Dieu est-il en train de se mettre en place.
Ce sera alors la fin de la longue parenthèse, des Omeyyades à nos jours, parenthèse durant laquelle les musulmans auront souvent été les victimes d'un pouvoir absolu et où ils auront enduré, par ailleurs, les formes les plus cruelles et les plus infamantes d'une violence barbare venue de l'Occident chrétien.
La fin du pouvoir absolu, de la présence envahissante de l'Occident en terre d'Islam et la restauration du califat, n'est-ce pas, déjà en soi, un précieux viatique pour le monde musulman dans l'angoissante constellation du troisième millénaire?
*Chercheur, essayiste, professeur d’université, Moussa Hormat-Allah est l’auteur de






