Quelles mesures prendre pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement ? Avant-propos présenté par Helen Clark au FT : Supplément OMD pour l’Afrique
Pour ceux qui vivent dans la pauvreté, les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) n’ont jamais été des cibles abstraites ou ambitieuses. Ils ont ouvert la voie vers une vie meilleure – une vie avec un accès à une nourriture et des revenus adéquats, une éducation et des services de santé de base, une eau propre et des installations sanitaires ainsi que l’autonomisation des femmes.

En deux mots, la réalisation des OMD concerne l’atteinte d’une vie meilleure pour des milliards d’humains. Il est possible de parvenir à ces objectifs : il existe en effet une série de politiques testées et éprouvées qui, adaptées à des contextes nationaux, peuvent garantir des progrès dans cette réalisation.
S’appuyant sur des études menées dans une cinquantaine de pays dans le but de recenser les succès et d’identifier les obstacles fréquents entravant les progrès, le PNUD a préparé une évaluation internationale portant sur les éléments sur lesquels il faut se concentrer pour réaliser les OMD. Huit domaines particuliers ont été identifiés.
Premièrement, l’importance d’un développement mené par les pays eux-mêmes est soulignée.
Les stratégies de développement doivent être élaborées au niveau local et reposer sur un consensus général au niveau national. Les institutions d’un pays qui font preuve de réactivité et de redevabilité et ont la capacité de mettre en œuvre des politiques et des programmes en faveur des OMD sont d’une aide considérable dans le processus.
Les partenaires au développement peuvent apporter leur aide en encourageant des plans de développement qui reflètent les perspectives des populations pauvres et marginalisées, tout en appuyant le renforcement des capacités nécessaires à la mobilisation des ressources, la prise de décisions politiques reposant sur des informations probantes et la prestation de services.
Deuxièmement, des modèles de croissance économique plus inclusifs sont nécessaires pour faire progresser la réalisation des OMD.
Tout porte à croire que, dans des pays où une grande partie de la population vit de la terre, une croissance économique génératrice d’emplois et axée spécifiquement sur l’agriculture entraîne une réduction rapide de la pauvreté et de la faim. Une distribution équitable des revenus, des actifs et des opportunités serait aussi d’une aide non négligeable.
Dans les pays en développement, 2,5 milliards de personnes dépendent de l’agriculture pour leur subsistance. Faire augmenter la production agricole peut réduire la pauvreté tout en améliorant en même temps la sécurité alimentaire. Afin de produire plus, les agriculteurs ont besoin d’engrais et de semences de meilleure qualité, de services de vulgarisation améliorés, de droits fonciers plus sûrs et d’un accès facilité aux marchés.
Le Ghana est un bon exemple illustrant les initiatives qui ont fonctionné dans ce secteur. Grâce à un programme national de subvention des engrais, ce pays a réussi à accroître sa production alimentaire de 40 pour cent. Cette initiative a contribué à la baisse de 9 pour cent du nombre de personnes souffrant de la faim au Ghana entre 2003 et 2005.
Relever le niveau de production agricole nécessite aussi des améliorations au niveau des infrastructures rurales. En outre, la conclusion du cycle de Doha de l’OMC dans un sens favorable aux populations et aux pays pauvres sera d’une aide appréciable.
Au cours des dernières décennies, il y a eu un net déclin de la partie de l’aide officielle au développement consacrée au secteur agricole. Cependant, l’accord du G8, conclu l’année dernière à L’Aquila et qui portait sur l’investissement dans la sécurité alimentaire mondiale, a été une mesure très positive pour freiner cette tendance.
Troisièmement, les opportunités pour les femmes et les filles doivent être améliorées.
Il s’agira là d’un stimulant puissant pour faire progresser les OMD dans leur ensemble. Il existe des indications probantes à l’effet que les enfants dont la mère a bénéficié d’un enseignement de type scolaire ont plus de chances de survivre jusqu’à leur cinquième année d’existence, de recevoir une alimentation adéquate et d’être vaccinés et scolarisés.
Au Viet Nam par exemple, les enfants dont la mère a suivi un cycle d’études primaires ont un taux de mortalité de 27 décès pour mille naissances vivantes, alors que chez les enfants dont la mère n’a pas été scolarisée, ce taux est de 66 pour mille.
Sur un plan général, l’autonomisation des femmes et des filles doit constituer une priorité majeure. Elle doit comprendre des mesures pour réduire la charge de leurs activités domestiques et leur octroyer une émancipation économique et politique accrue.
Certains pays abordent le problème en introduisant des quotas constitutionnels en faveur des femmes. Un cas remarquable est illustré par le Rwanda, qui détient la plus forte proportion de femmes parlementaires au monde. En effet, plus de 50 pour cent des responsables élu(e)s à la Chambre des députés, 35 pour cent des membres du Sénat et 36 pour cent des membres du Gouvernement sont des femmes.
Quatrièmement, il est indispensable d’orienter les investissements vers la santé et l’éducation, l’eau propre et les installations sanitaires ainsi que vers les professionnels en charge de ces services.
De rapides améliorations se sont produites dans les domaines de l’éducation et des soins de santé là où un investissement public adéquat a été accompagné de la suppression des frais à payer pour ces services. Des pays comme l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Malawi, le Mozambique, le Népal et la Tanzanie ont connu une forte hausse des inscriptions dans les écoles primaires à la suite de la suppression de ces frais.
De nouveaux partenariats ont permis d’accroître massivement les vaccinations, la distribution de moustiquaires et de médicaments antirétroviraux pour les personnes vivant avec le VIH/sida et la présence de personnel formé lors des accouchements.
Par exemple, 700 millions d’enfants ont pu être vaccinés contre la rougeole à travers le monde entre 2000 et 2008, ce qui a fait chuter le taux de mortalité de 68 pour cent pendant la même période.
Nous savons que ces interventions sont efficaces. À présent, il nous faut produire un effort concerté pour les généraliser et garantir que les avantages soient durables, même en temps de crise économique.
Cinquièmement, le niveau des programmes de protection sociale et de création d’emplois doit être rehaussé.
Les programmes de transfert monétaire Bolsa Família au Brésil et Oportunidades au Mexique ont permis d’augmenter les taux d’inscription et de présence scolaire et de faire baisser le travail des enfants. Ces deux programmes ont été une réussite dans le domaine de l’éducation grâce aux mesures monétaires incitatives visant à encourager les inscriptions des enfants à l’école.
Au lieu d’être considérée comme une ponction du budget national, la protection sociale doit être perçue comme un investissement essentiel pour renforcer la capacité à faire face aux chocs actuels et futurs et pour pérenniser les gains durement acquis en matière de développement.
Sixièmement, l’accès à l’énergie doit être élargi et le potentiel du développement à faibles émissions de carbone accru.
L’élargissement de l’accès à l’énergie a un effet multiplicateur sur la réalisation des OMD. Il accroît la productivité, réduit les décès liés à la fumée, permet d’électrifier les foyers, les écoles et les hôpitaux, et libère les femmes et les filles de corvées domestiques longues telles que le moulinage de grains.
Un meilleur accès à l’énergie au Burkina Faso, au Ghana, au Mali et au Sénégal a généré des opportunités d’emploi rémunéré pour les femmes, tout en réduisant le temps consacré aux corvées de collecte de bois à feu et d’eau et autres tâches domestiques.
À une époque où il faut limiter les émissions de gaz carbonique, une croissance fondée sur une empreinte carbone réduite est un facteur vital pour tous les pays. À cette fin, il est essentiel de passer un accord sur le climat permettant de dégager un financement significatif en faveur de solutions énergétiques et de développement à faibles émissions de carbone. Il est primordial que cet élément continue de figurer sur la liste des priorités internationales.
Septièmement, l’amélioration de la mobilisation des ressources nationales est essentielle à l’accélération des progrès des OMD, y compris par l’optimisation de la perception des impôts et l’élargissement de l’assiette fiscale.
Les ressources doivent également être dépensées correctement. Les pays devraient systématiquement évaluer et ajuster leurs budgets, afin de maximiser le rendement des investissements des ressources publiques.
Huitièmement, la communauté internationale doit absolument tenir ses engagements consistant à apporter une aide au développement et à améliorer la prévisibilité et l’efficacité de cette aide.
Une aide bien ciblée et prévisible est un catalyseur pour réaliser les OMD et permettre aux pays de renforcer les capacités et programmes dont ils ont besoin pour attirer des investissements privés et des financements pour la lutte contre le changement climatique.
Le déficit entre l’aide au développement projetée pour 2010 et l’aide promise lors de la réunion du G8 à Gleneagles en 2005 se monte à environ 0,05 pour cent du revenu national brut combiné des pays développés prévu pour 2010. Cet écart peut et doit être comblé, même en ces temps difficiles. Certains pays respectent leurs engagements, mais d’autres ne le font pas.
Il est important de marquer le progrès accomplis à ce jour en matière d’OMD. Ainsi, il faut signaler que la Tanzanie a pu accroître son taux d’inscription dans les établissements primaires de plus de 90 pour cent depuis 1991, l’Afrique du Sud a réduit de moitié la proportion de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable et le taux de pauvreté en Égypte a diminué de moitié depuis 1999.
Ce n’est pas le moment de revoir nos ambitions à la baisse et de jeter l’éponge en face des obstacles restant à surmonter pour atteindre les OMD. La récession mondiale, les crises de la production alimentaire et de l’énergie des dernières années et les défis que posent le changement climatique et les catastrophes naturelles de manière générale ont rendu la voie vers 2015 compliquée. Mais ils ne rendent pas les OMD impossibles à réaliser pour autant, si nous décidons tous ensemble que nous voulons y parvenir.
Atteindre les OMD signifie l’avènement d’une vie meilleure pour les personnes pauvres et vulnérables de la planète. Les décisions que prendront sans tarder nos pays, nos communautés et nos organisations seront cruciales dans la réalisation de ces objectifs.

Helen Clark est Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement et ancien Premier ministre de la Nouvelle-Zélande