Politique : Ahmed Ould Daddah prône la destitution de Aziz
Rien n’y fait mais la situation politique semble de plus en plus corsée au regard des appels répétés d’un pan de l’Opposition à faire renverser le président de la République. Ni les amendements constitutionnels, encore moins, le dialogue initié avec une partie de l’Opposition, ne semblent décourager les plus téméraires à «jeter l’huile sur le feu ».

Faisant partie des pays du Cilss les plus exposés à l’insécurité alimentaire, la Mauritanie devrait, en apparences, faire face aussi à une autre insécurité, non moins pernicieuse. Il s’agit, en effet, de la situation politique qui prévaut actuellement, avec en toile de fonds des appels à l’insurrection civile contre le Pouvoir en place. Une situation bien désobligeante malgré le dialogue amorcé par les autorités en place avec une partie non négligeable de l’Opposition politique. Mais il faut bien croire que la perche tendue aux opposants n’a pas servi à accrocher les plus caciques d’entre eux dont notamment le président de l’Union des Forces Démocratiques, Ahmed Ould Daddah, qui appelle, si l’on en croit, Al Akhbar, à renverser le président Mohamed Ould Abdel Aziz, par tous les moyens.

Amendements constitutionnels, la COD n’en a cure !
C’est clair. Entre Ahmed Ould Daddah et le Pouvoir, rien ne tient plus. Malgré les premières retrouvailles, qui valurent d’ailleurs au président du RFD, Ahmed Ould Daddah, l’ire de certains de ses amis l’indexant de «collabo » au putsch du 6 août 2008, qui avait emporté le président Sidioca, la situation ne pouvait être plus exacerbée. En dépit donc des amendements approuvés mardi lors du premier congrès du Parlement, et qui consacrent l’alternance au pouvoir par des voies démocratiques et pacifiques à travers «la criminalisation» de la pratique des coups d’Etat militaires et de la violence, les propos attribués à Ahmed Ould Daddah, résonnent comme un rejet de fait des lois édictées. Ahmed Ould Daddah, les islamistes de Tawassoul et l’UFP, qui ont longtemps dénigré la tenue des sessions du Parlement, pour « illégalité », se sont élevés contre ces amendements fruits d’un dialogue politique entre le pouvoir et les opposants « dialoguistes ». Les opposants au dialogue qui, quant à eux, même s’ils y avaient été invités, en septembre dernier, l’avaient tout simplement rejeté. La COD pour exprimer son désaccord avec les amendements a rassemblé ses troupes devant le Parlement, s’en prenant, parfois, par un jet d’œufs contre les représentants du gouvernement. Mais le discours du président du RFD, Ahmed Ould Daddah, va de plus en plus crescendo avec l’appel lancé pour « juger » le président de la République pour détournement de fonds publics. Une accusation ressassée maintes fois par le président du RFD s’agissant d’une enveloppe fournie par l’Arabie Séoudite et sur laquelle, le président Mohamed Ould Abdel Aziz, s’était déjà exprimée pour faire valoir sa version de l’utilisation de tels fonds au profit de l’équipement des forces armées nationales. Mais cela ne semble pas suffire au président du RFD qui, malgré la grave accusation de corruption qu’il porte contre le président Aziz, s’accroche à cette «affaire » pour demander des comptes au Pouvoir dans sa gestion des affaires publiques. La situation reste donc complexe. D’abord pour le régime qui, malgré l’amorce d’un dialogue avec une partie de l’Opposition (App et Wiam) réalise que le champ politique n’est pas pour autant pacifié. Et pour cause, les partis restés en rade de ce dialogue continuent de développer une capacité de nuisance et de riposte dont le régime pourrait difficilement ne pas se préoccuper, en ces temps difficiles où il est acculé par la situation d’insécurité alimentaire -malgré le programme Emel 2012-, la menace terroriste et l’arrivée sur nos terres des réfugiés maliens. C’est dire que les autorités ont toujours, dans ce bras de fer, avec une partie de l’Opposition, du pain sur la planche.

L’arroseur arrosé !

La stratégie de l’Opposition, entamée au lendemain de la présidentielle de 2009, par la dénégation de légitimité au président Mohamed Ould Abdel Aziz, consiste aujourd’hui à vider le dialogue entretenu avec l’autre pan de l’Opposition, symbolisé par le président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir de l’App, et Boidel Ould Houmeid du Wiam, de sa substance à savoir la réalisation d’un consensus politique national. En dépit de l’inefficacité de l’opposition au dialogue à créer véritablement pour le moment une situation « ingérable» pour le pouvoir, la manœuvre politique de l’Opposition dite radicale au Pouvoir a plus ou moins réussi en focalisant les débats sur la persistance d’un blocage politique ; réel ou virtuel ? Tous les segments de l’Opposition sont mis à contribution pour entretenir cette ambiance, y compris des Ongs des droits humains, déterminés à fragiliser sinon revisiter le dialogue entamé avec l’autre partie de l’Opposition. Le tintamarre atteint ses paroxysmes et occupe la scène nationale. Mais nonobstant, cette pression que la COD fait subir au Pouvoir, il est également bien évident que les propos du président du RFD, tenu lors d’un meeting à Dar Naim, le mettent lui aussi au banc des accusés pour s’inscrire avec autant de dépit en opposition avec les lois. Comment le président du RFD pourrait-il concilier sa vision républicaine pour la Mauritanie tant qu’il continuera de réfuter les lois et à s’inscrire en porte-à-faux avec la volonté d’une majorité parlementaires? Un équilibrisme politique difficile à observer au regard de la légalité que chacun invoque pour sa posture.
JD