
Etre cambiste ou monnayeur à Nouakchott constitue aujourd’hui une fierté voire un signe d’opulence. Dans une ambiance animée, illuminée par les sourires espiègles des monnayeurs, le marché de la capitale se réveille tous les jours, sous les caprices du taux de change. Pour maintenir la balance de leur coté, les monnayeurs sont prêts à utiliser un couteau à double tranchant pour écorcher vif le client. Subterfuge, arnaque, mensonge… tous les coups sont permis pour déplumer le pauvre client.
Carrefour BAMIS, il est 10 heures, malgré les rafales de vent de sable, les monnayeurs n’ont pas manqué à l’appel, dans cette matinée du dimanche 07 mars 2010. Reconnaissables au premier coup d’œil par leur manière d’aborder les badauds et les voitures en stationnement, ils semblent être des ardus du métier.
Par petites groupes, ou en solo, ils guettent leur proie sur la route qui mène vers le marché de la capitale. Face à la rude concurrence, ils sont obligés d’aller chercher les clients aux confins de la capitale ; une chance pour nous d’entrer enfin, dans leur jeu espiègle et maligne.
Et c’est un jeune monnayeur, âgé de moins de vingt ans qui fut le premier à tomber dans nos filets. Après les salamalecs et les tapes amicales, nous l’informons que nous disposons de Franc CFA et d’Euro. Sa première réaction était de nous isoler, loin de ses amis pour mieux nous trancher la gorge. Retenant son souffle, il nous demanda : « combien avez-vous comme devise étrangère ». Nous lui rétorquons « 100.000FCFA et 200Euros », alors qu’au fond de ma poche, un billet de 100 Um attendait son sacrifice depuis deux jours. Vu que ses autres amis commençaient à entrer dans la danse, il nous proposa « un prix d’amis », c'est-à-dire : 25000UM pour 50000Fcfa et 35000UM pour 100Euros. Une proposition qui glaça ma pression artérielle, malgré la main du monnayeur qui restait agrippée sur mon dos. Pour me dessaisir de ses liens, nous lui proposons un prix nettement supérieur à sa demande, ce qu’il balaya naturellement, d’un revers de la main. Revenant à la charge, il nous proposa un autre taux beaucoup plus abordable que le premier. Sentant l’étau se resserrait autours de nous, nous lui demandons de nous laisser faire un tour dans le marché pour comparer les prix. Ce qu’il eut du mal d’ailleurs à accepter, nous emboitant le pas, sur plusieurs mètres avant de nous larguer avec des diatribes.
Restant sur notre faim, nous nous dirigeâmes, sur le premier bureau de change pour connaître l’autre facette dite « loyale ». Derrière son bureau rutilant, un monsieur, la trentaine nous reçoit dans une mine correcte et séductrice. Pour ne pas tomber sous son charme, nous nous présentons comme des immigrés qui veulent changer de l’Euros en ouguiyas. Un léger vent d’espoir fouetta son visage juvénile. Se levant brusquement de sa chaise, il nous invita à prendre place dans sa somptueuse salle d’attente, où un thé à la menthe nous fut servi. A grand coup, nous ingurgitons ce nectar qui nous est tombé du ciel. Pour le remercier de sa bonté, nous lui faisons la même proposition que notre ami monnayeur. Mais comme il n’avait pas de l’argent liquide sur lui, il appelle un autre ami par téléphone pour faire le troc. Coup de théâtre, c’est un autre monnayeur qui nous faisait la cour dehors qui détient la bourse du bureau de change. Ce qui édifia en fait, une partie de mon enquête, à savoir d’où proviennent leurs ressources.
Une autre question me gratta soudainement les neurones, à savoir pourquoi les badauds préfèrent le marché noir que les bureaux de change ? Certains me diront qu’ils ne veulent pas laisser de traces, d’autres diront que le taux de la rue est moins élevé ; ce qui est archifaux d’ailleurs. Car ils sont pratiquement les mêmes. 50000 Fcfa se négocie à 24500UM, les 500 Um pour le papier de change ; 100Euros s’échangent à 36000UM, les 500 UM pour le papier de change ; 100 dollars s’achètent à 25000UM ; 100 Ryals saoudien se troquent à 6000UM, tan disque 100 Dinars tunisien s’échangent à 18000UM contre 17500 dans le marché noir.
Quand il s’agit d’acheter l’euro, le Cfa ou le dollar dans le marché noir ou dans un bureau de change, c’est là où le bas blesse, car pratiquement il gagne 1500 à 2000Um de leur prix d’achat
Pour nous défaire de son joug, nous lui proposons 38000UM pour un billet de 100Euros, ce qu’il refusa d’ailleurs. C’est avec un ouf de soulagement que nous clôturons la discussion. Une fois dehors, c’est en grandes enjambées que nous disparaissons dans les artères du marché pour fuir les regards hagards des cambistes qui commençaient à avoir marre de nos tronches « d’immigrés ».
Dialtabé






