Mali : Rébellion pleine d’intrigues
L'armée malienne n’est pas au bout de ses peines. Et c’est la peur au ventre que les populations du nord-Mali, fuient pour se réfugier dans les pays frontaliers (Mauritanie, Algérie et Niger). Selon une dépêche de l’Afp, les troupes maliennes sont aux prises avec les rebelles du MNLA qu’elles tentent de repousser de la localité de Niafounké situé au nord-ouest, non loin de Léré.

Les rebelles touaregs Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), avaient lancé le 17 janvier dernier, une offensive en différents endroits du nord-est et du nord-ouest du Mali en y attaquant plusieurs villes. Notamment : Ménaka, près de la frontière du Niger, de Tessalit et Aguelhoc, près de la frontière algérienne, de Léré, proche de la frontière entre nos deux pays. Des combats qui ont fait des morts dans les deux camps. Il semble que le conflit en cours au nord ne manque pas de considération ethnique. En effet, dit-on, si les peuplements touareg des Oulemedens, des Ichnidharans et des Imgads venus de Libye sont favorables à l’armée régulière et combattent auprès des éléments de l’armée malienne, les Idnans et les Ifhogas combattent l’armée régulière et alimentent la rébellion en soutenant des revendications indépendantistes. « Ce réveil brutal des foyers de rébellion est en train de reléguer au deuxième plan les élections générales (législatives et présidentielles) et surtout la lutte contre Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) dans laquelle s’étaient lancés les pays de la bande sahélo-saharienne», commente Kader Toé, chroniqueur politique. Selon lui, la stratégie de lutte contre AQMI comprenait le déploiement de 75 000 hommes dans le sahel, l’implantation à Tessalit d’un centre d’instruction contre le terrorisme et un plan de sécurité touristique, entre autres. Par ailleurs on en sait un peu plus sur les négociations engagées entre les officiels de Bamako et la rébellion du MNLA. Il semble qu’une semaine avant la reprise de la rébellion touarègue, le 17 janvier dernier, le Mali tentait encore de négocier avec le MNLA et son allié Iyad Ag Ghaly, leader du groupe salafiste Anssar dine. Selon l’hebdomadaire « Jeune Afrique », l’émissaire d’ATT chargé de la crise dans le Nord du Mali, Mohamed Ag Erlaf, s’est réuni avec des représentants du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), d’Iyad Ag Ghaly du groupe Anssar dine, ainsi que d’autres notables de Kidal à Abeibara. Ces pourparlers ont eu lieu dans la période du 7 au 10 janvier. Le but aurait été de soumettre, entre autres,les propositions de Koulouba aux rebelles potentiels pour éviter la guerre. Dans ce document dont Jeune Afrique s’est procuré une copie, Bamako proposait « à hauteur de compétence (grade, ancienneté, diplômés) de tous les éléments des différentes bases qui le souhaitent » leur intégration « dans les unités de sécurité mixtes (armée, garde nationale, gendarmerie et police). Ces unités occuperont, en priorité, les sites du PSPSDN en construction. » Le même traitement était proposé aux « hommes et officiers de troupe venant de la Libye ».
Un commandement opérationnel spécial devait être basé à Kidal pendant cinq ans « pour établir l’ordre et la sécurité publique et le parachèvement et application à la lettre des accords d’Alger du 04 juillet 2006 ». Koulouba proposait également à Iyad Ag Ghaly et aux salafistes qui le soutiennent un cadi (spécialiste en droit musulman) par cercle et un imam par grande mosquée, qui devaient être nommés par le conseil consultatif des oulémas et rémunérés par une assemblée régionale bénéficiant d’une autonomie de gestion. Le Mali proposait aussi au MNLA « la création du cercle d’Intadjedite et de Tinassako », deux localités de la tribu Ifoghas de feu Ibrahim Ag Bahanga, très présente dans la rébellion, ainsi que la nomination d’un « conseiller spécial auprès du président de la république du Mali avec un rang de ministre ». Enfin, dernière proposition d’ordre économique celle-là : le développement de l’exploitation de la réserve d’eau du Temesna (vaste zone désertique dont le sous-sol est constitué par une grande nappe phréatique, entre Ménaka et Tinzawaten). Dans le rapport officiel des discussions, les deux parties restaient ouvertes au dialogue. Mais une semaine plus tard, les premiers affrontements éclataient.

Moussa Diop