
Aucune explication officielle n'a été fournie par la Libye concernant cette interdiction, annoncée dimanche, mais il ne fait aucun doute qu'il s'agit en réalité d'une mesure de rétorsion qui fait suite à la décision récente de la Suisse d'interdire à 188 responsables libyens d'entrer sur son territoire. Parmi eux, le colonel Kadhafi et sa famille, des responsables du Congrès général du peuple (Parlement), du gouvernement, ainsi que des "responsables économiques" et des "dirigeants militaires et des services de sécurité".
Une "affaire Hannibal" qui dure depuis 2008
La crise entre Berne et Tripoli a éclaté après l'interpellation musclée , en juillet 2008, à Genève, d'un fils du colonel Kadhafi, Hannibal, et de son épouse, sur une plainte de deux domestiques accusant leur employeur de mauvais traitements. "L'affaire Hannibal" a depuis envenimé les relations entre Tripoli et Berne, qui ont pris des mesures de rétorsion : retrait d'avoirs bancaires des banques suisses et départ forcé des sociétés helvétiques du côté libyen, politique restrictive de visas Schengen envers les ressortissants libyens du côté suisse. Tripoli retient par ailleurs toujours deux hommes d'affaires suisses accusés de "séjour illégal" et d'"exercice d'activités économiques illégales".
Les autorités libyennes ont déjà protesté, en novembre 2009, contre une "politique européenne" qui limitait l'octroi de visas Schengen aux Libyens, dénonçant une "solidarité systématique et programmée" avec Berne. Elle a menacé, plus récemment, de durcir sa politique de visas à l'encontre des Européens. C'est désormais chose faite.
L'Italie accuse la Suisse d'avoir pris l'espace Schengen en otage
Franco Frattini, chef de la diplomatie italienne, accuse la Suisse d'avoir pris les autres Etats membres de l'espace Schengen en otages. Berne a interdit l'entrée de 188 personnalités libyennes, ce qui a donné lieu à des représailles générales de la part de Tripoli.
Les autorités libyennes ont suspendu lundi la délivrance de visas d'entrée aux ressortissants des 25 pays de l'espace Schengen. Parmi les 188 personnalités visées par les sanctions suisses figurent Mouammar Kadhafi, guide de la révolution libyenne, et plusieurs membres de sa famille.
"Le gouvernement suisse les a mis sur la liste noire de Schengen, mais ce n'est pas l'accord de Schengen que nous connaissons. En agissant de la sorte, la Suisse a pris les autres pays de l'espace Schengen en otages", fait valoir le ministre italien des Affaires étrangères dans un entretien publié par "La Stampa".
Lundi, M. Frattini avait déploré que la Suisse ait, selon lui, "inséré dans sa black list non pas des auteurs de délits ou des personnes dangereuses et recherchées comme le prévoit l'accord de Schengen, mais même le leader Kadhafi ou le ministre des Affaires étrangères".
Tripoli a engagé un bras de fer diplomatique avec Berne après l'arrestation, le 15 juillet 2008 à Genève, d'Hannibal Kadhafi, fils du dirigeant libyen, et de son épouse.
"Schengen ne doit pas devenir un moyen de pression pour la Suisse. Il y a d'autres moyens de résoudre les problèmes bilatéraux avec la Libye", a poursuivi Frattini, ajoutant que Silvio Berlusconi avait invité les autorités libyennes à revenir sur leur décision.
La Confédération n'a pas reconnu officiellement l'existence de cette liste noire, mais on assure à Berne que l'initiative a été approuvée par les autres Etats membres de l'espace Schengen.
Des tensions sont apparues récemment dans les relations entre Rome et Berne après l'amnistie que l'Italie a proposée à ses ressortissants détenteurs de comptes en banque non déclarés en Suisse.
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