
Dans un argumentaire à l’emporte pièce, d’aucuns ont tenté de nous rappeler que la Mauritanie n’était ni la Tunisie ni l’Egypte. Ils rappellent ainsi une évidence que nous avions mis beaucoup de temps et d’énergie à nier, à dénier. Nous étions un pays arabe et rien qu’un pays arabe. Les discours officiels le martelaient à volonté ; le peuple s’en abreuvait et tout est prétexte pour le rappeler à grands frais, frisant souvent le ridicule. Il était pourtant évident qu’entre nous et ces pays, le gap est immense. Le niveau d’éducation faible qui nous caractérise, notre propension opportuniste et notre culture du camouflage n’autorisaient pourtant pas pareille comparaison.
Alors qu’on ne s’y méprenne pas. Il y a ce qui est imitable et il ya ce qui relève de la capacité intrinsèque d’un peuple à puiser dans son for intérieur les ressources nécessaires à un sursaut, à un élan (re) fondateur .Car une révolution ne s’imite pas. Elle ne s’importe pas. Elle se vit, se sent, se justifie et génère les valeurs qui la sous tendent.
Notre peuple traine malheureusement encore un héritage trop lourd, fait de compromissions et de volte- face. Il a été pendant longtemps nourri à la saveur de la facilité et de l’inféodation. Ses grandes victoires sont celles de sa classe dirigeante tout comme ses grandes défaites. Il nous manque donc la culture politique qui fait le nid des révolutions. Nous en sommes encore hélas à la culture de la constatation et non de la contestation.
La seconde raison est, qu’à vrai dire, de tous ces pays qui sont balayés par ce printemps arabe nous avions été- au prix certes de lourds sacrifices -les premiers à avoir osé poser les jalons d’une vie démocratique .Notre choix à l’époque avait suscité l’hilarité de ceux qui pensaient qu’un petit peuple de bédouins ne pouvait et ne devait être une exception dans un univers arabe et africain submergé par des totalitarismes .Nous avions à l’époque payé le prix fort de cette échappée en solitaire. Aujourd’hui nous en récoltons les fruits ! L’option démocratique fait à partir de 2007 nous sauve de cette déferlante et confirme la justesse de notre choix. Ceux qui se moquaient de nous payent présentement le prix de l’arrogance et du mépris qu’il portait à leur peuple. En son temps des hommes et des femmes s’étaient battus pour que cet idéal survive et se pérennise. Ils ont été visionnaires. Ils nous ont évité aujourd’hui les risques inhérents à des révolutions qui se jouent dans des pays traversés par des communautarismes exacerbés et des ressentis marqués. Nous leur en sommes reconnaissants.
Mais il faut surtout qu’ils travaillent à faire admettre dans leur sillage, à ceux qui sont encore à contrecourant des processus historiques que l’avenir des peuples, donc des pouvoirs, est au triomphe des valeurs de liberté et de justice .Aucune nation ne pourra se soustraire à cette dynamique .C’est la marche du monde. Nous devons nous y faire en renforçant nos précaires acquis démocratiques par la résorption de la tapageuse disparité sociale qui gangrène notre cohésion nationale. C’est le tout prochain défi. Et il conditionne notre survie en tant que nation.
Ibrahima Falilou
Professeur






