L’Affaire BILFINGER BERGER : Ou comment l’homonyme allemand prend en otage les passeports et les rêves des mauritaniens.
Une enseigne, un logo mondialement reconnu, la loge d’un agent de sécurité, un interphone doté d’une caméra et deux drapeaux l’un mauritanien, l’autre arbore les douze étoiles de l’union européenne, BILFINGER BERGER la mauritanienne s’est dotée des « symboles » ou plutôt « des airs » d’une légitimité institutionnelle. L’est-elle pour autant ? Représente-t-elle réellement le grand groupe allemand, leader en BTP ? Ou la notoriété de l’homonyme est-elle simplement détournée ? Dans ce cas de figure, pour quelles raisons ?

La BILFINGER BERGER recrute massivement au nom du groupe pour des postes établis aux Pays-Bas, précisément la Hollande. Trois critères structurent le profil recherché : 2 photos, le numéro de la carte d’identité et surtout un passeport en cours de validité que l’entreprise s’empresse de retenir pour les formalités d’usage. Des formalités aussi ambigües que les qualifications professionnelles recherchées. Emplois fictifs ou véritables opportunités professionnelles, entreprise escroc ou société de recrutement homologuée ? Le responsable est actuellement en garde à vue, les passeports et rêves des candidats en otage.

BILFINGER BERGER mr: L’entreprise que les autorités connaissent sans l’identifier

Un mail gratuit qui marque la première rupture avec l’entreprise supposée mère, un lien web vers le groupe où la Mauritanie est inexistante, l’Ambassade d’Allemagne qui réfute la germanité de l’entreprise mauritanienne, autant de prémices accusatrices que le doute et le désarroi des candidats grèvent.

Dans la rubrique « Opening job », désignant les différents pays où le groupe allemand est présent, la Mauritanie ne figure pas. L’Ambassade ne reconnaît pas l’entreprise, à L’inspection générale du Travail, elle aurait été identifiée et un rapport aurait été soumis au Ministère. « Inutile de chercher auprès de la CNSS Caisse nationale de sécurité sociale ou à la Direction générale des Impôts, L’entreprise ne s’est pas déclarée auprès desdites autorités. Fictive ? Non, elle existe. La preuve est consignée dans le Registre du Commerce. Aux termes des documents consultés au Tribunal du commerce, BILFINGER BERGER est une société anonyme de droit mauritanien, disposant d’un capital de 10 millions d’ouguiyas, créée le 19 janvier 2010, opérant dans le secteur du BTP. Aux termes du contrat de création, elle serait spécialisée dans « la construction, le génie de construction, le génie d’électricité, le bâtiment… » Ils sont cinq actionnaires, mais le Président directeur général F.S.A détient la majorité. Aucune allusion au groupe allemand ou à sa représentation n’y figure. L’identité des actionnaires est préservée. A l’exception de leurs prénoms et patronymes, aucune indication relevant de leurs nationalités, origines, statuts n’est signalées. Cette entreprise existe. Et bien qu’elle ne soit pas déclarée auprès des impôts et de la CNSS, elle est identifiée au registre du Commerce.
Recruter aussi massivement, du moins le prétendre vers, un pays de l’union européenne présume l’existence d’une grille de critères, de profils qualifiés et d’une opération de recrutement structurée. L’ANAPEJ semblerait le partenaire « logiquement idéal ». Or, c’est une certaine réserve, teintée de convivialité qui règne à l’Agence nationale de promotion de l’emploi des jeunes. C’est un air de déjà vu, de déjà entendu, sans être officiellement prévenu, ni officiellement concernée qui répond à nos interrogations. C’est un peu la gêne digne !!! Une correspondance officieuse existerait ! Aux questions des critères, un profil, un nombre de postes ? Euuuuh, il semblerait… !!! Le conditionnel présent est de bon augure. Mais cette hésitation conforte le doute général. Une entreprise en règle opterait éventuellement pour les canaux traditionnels et bien que bureaucratiques, ils sont plus habilités à coordonner une telle opération.
Que convoite réellement cette entreprise ? Opérerait-elle dans le BTP ? Aurait-elle des projets en la matière à Nouakchott, en Mauritanie ? Serait-elle homologuée, ou même franchisée ? A défaut de s’entretenir directement avec le concerné à savoir le PDG, qui est toujours en garde à vue, les théories les plus farfelues l’emportent. La présomption d’innocence s’effrite au fur et à mesure que nos recherches évoluent. Accordons encore le bénéfice du doute, mais alors, pourquoi retenir les passeports des candidats ? Pourquoi les critères de sélection sont-ils aussi vagues, voire inexistants ? Cette offre vers la Hollande était destinée à toutes les nationalités. Des candidats subsahariens ont tenté leurs chances… Le pire c’est que ce désarroi général profite à cette entreprise… Mauritaniens, subsahariens et autres n’ont aucune preuve excepté leur parole d’honneur. Ils ne disposent même pas d’un récépissé ou d’un reçu accusant réception de leurs documents d’identité. Bonnes intentions ou escroquerie, chantage, ou trafic de documents ? La nature des informations recueillies est inquiétante.

Un contrat type BILFINGER BERGER mr: Ce que les clauses et l’orthographe accusent de délictueux

« Un CDD pour accroissement temporaire d’activité », « La présente contrat est conclu (…) ou d’autre variation de charge dans l’activité de l’entreprise comme une commande exceptionnelle ou le lancement de nouveaux marche ou une période de pointe ; soit une tache précisément définie, occasionnelle et inhabituelle, la mise en place d’intranet »…, ceci est un avant-goût des coquilles et fautes relevées, mais surtout de l’incohérence qui régit les 4 pages du contrat.

Le candidat fortuné dispose de 24 heures pour valider ce contrat et s’y soumettre. Les 16 articles truffés de fautes grossières accordent aux deux parties un délai de « prévenance » (traduction : préavis). En terme de rémunération, le candidat recevra un « oui » manuscrit, heureusement que ledit « oui » est en euros !! Il exercera ses fonctions à villes de Danhag en Hollande (probablement Deen Haag). Il devra respecter les horaires collectifs en vigueur dans l’entreprise (…) sa durée hebdomadaire du travail est fixée à 48 heurs sachant que depuis 2004, la durée légale du travail aux Pays-Bas est de 38,4 heures selon l’INSEE (l’institut national des statistiques et des études économiques français).
Citons : « le présent contrat sera régi par les dispositions de la convention collective applicable à l’entreprise ». Le candidat « s’engage en coure à se conformer aux dispositions du règlement intérieur en vigueur dans l’entreprise ». Ledit règlement intérieur n’a pas été communiqué au candidat. Et puis de quelle entreprise s’agirait-il ? Celle en Mauritanie ou celle où il devrait évoluer en Hollande ?
Par ailleurs, « la société fournit à l’employés 3 tenus de travail par an ainsi que l’ébergement complète suivant les termes internes. L’employer (un « u » a sauté ou plutôt serait-ce le « r » qui est en prime) n’a pas le doit d’exige un régime spéciale de logement de pension et soit en vigueur de notre régime ordinaire ».Interprétation : le candidat devrait accepter l’hébergement proposé. Aucune forme de résistance ou de rejet ne serait éventuellement tolérée, bien qu’il soit « parké » dans des locaux insalubres… En supposant évidemment qu’un voyage aux Pays-Bas serait au bout de ce contrat improbable.
Pour la petite anecdote, le « oui » en euros du salaire est converti en ouguiyas selon les termes de l’article 15 qui stipule qu’au « départ de l’air port de Nouakchott » le candidat «(…) s’engage à déposer le montant de « oui » ouguiya comme participation sur son billet d’avion et la société s’engage de bien rembourser après une période de 90 jours (période d’essai) depuis le commencement du travail ».
Les deux parties se réservent « mutuellement le droit de mettre fin au immédiatement sans indemnité en cas de faute grave de l’autre partie ou en cas de force majeure ». BILFINGER BERGER mr est peut-être en mesure d’invoquer la force majeure… D’ailleurs, c’est quoi une force majeure ?
Sanaa Lagzadri
P.S : toutes les fautes soulignées relèvent de la propriété intellectuelle de BILFINGER BERGER mr.

Encadré :  Les postes recherchés selon la politique interne de B.B

Créée le 19 janvier 2010, l’entreprise compte ses 5 employés (3 femmes et 2 hommes) à compter du début du mois de février. Le PDG s’est présenté, aux dires d’un(e) employé (e) comme étant un professeur universitaire venant des USA. Il représenterait le groupe allemand et agirait par intérim. Un avis de recrutement a été affiché pour près de 200 postes en Hollande aux Pays-Bas. 300 candidatures auraient été traitées. « Expéditive » qualifierait ce premier tri. Près de 100 contrats auraient été signés.
Les postes officiellement recherchés sont : Topographes, comptables, techniciens, chauffeurs camion, chauffeurs bus, chauffeurs ambulanciers, chauffeurs, cuisiniers, aides -cuisiniers, maçons, aides-maçons, architecte, infirmiers, ouvriers, électriciens