
Le Quotidien de Nouakchott : Monsieur le président, la ville de Nouakchott vient de connaître un accident dramatique qui a fait une dizaine de victimes et face auquel elle a paru désarmée, quels enseignements en tirez-vous ?
Ahmed Oulmd Hamza : Je vous remercie de l’opportunité que vous m’offrez mais je tiens tout d’abord à réitérer ma compassion et mes condoléances les plus attristées aux familles des victimes ainsi qu’à tous les habitants de Nouakchott pour ce terrible drame que nous ressentons tous dans nos chairs. Tout comme je tiens aussi à remercier l’ambassadeur d’Espagne pour le message de compassion qu’il nous adressé en cette douloureuse circonstance. Vous savez Nouakchott est devenue une grande ville de plus d’un millions d’habitants mais qui continue à se comporter comme une petite ville de province. Son développement anarchique et, le non respect des règles inhérentes à toutes les grandes villes, continuera malheureusement, à nous exposer à de tels dangers. Vous le savez, la presse s’en était fait l’écho, j’ai moi-même dû affronter de puissants lobbies pour empêcher l’implantation de structures dangereuses comme les Station d’Essence, à proximité immédiate des habitations et même des écoles. Malheureusement, la ville continue à être démuni face à certaines pesanteurs persistantes. Certain fonctionnaire n’ont apparemment pas encore fait le deuil de l’Etat centralisateur omnipotent et omniprésent. Ces fonctionnaires fossilisés qui sont encore à l’age de la pierre, n’arrivent pas encore à comprendre que le gouvernement local n’est que le prolongement du gouvernement national. Les maires ont deux casquettes parfaitement agencées, d’un cotés ils sont des élus et donc des représentants des citoyens et d’un autre coté ils sont des commis de l’Etat dont il exerce certaines prérogatives qui leur sont octroyées par la loi. On ne peut pas dissocier les Maires de l’Etat. Mieux encore au niveau des mairies nous ne faisons pas de politique, nous représentons tous les citoyens sans considération de leurs colorations politiques. Le domaine de la politique c’est la représentation nationale, Sénat et assemblée nationale. Nous, nous devons travailler au bien être des citoyens qui ont placé leur confiance en nous.
Le Quotidien de Nouakchott : Oui mais dans quelles mesures ces pesanteurs pèsent-elles sur votre travail de maire ?
Ahmed Ould Hamza : Ecoutez, en tant que président de la CUN et cela est valable pour mes collègues maires, je ne suis pas un corps étrangers à l’Etat. C’est le gouvernement qui prend les décisions au niveau national mais c’est nous qui devons les appliquer au niveau local. Et pour ce faire nous avons besoin parfois de la force publique qui doit être mise à notre disposition. Au lieu d’une organisation pyramidale cohérente et bien huilée, nous avons un enchevêtrement de prérogatives qui aboutit à une dilution des responsabilités à telle enseigne qu’on ne sait plus qui est qui, et qui fait quoi !
Cependant en tant que président de la communauté urbaine de Nouakchott donc préoccupé avant tout par le bien être de mes concitoyens je ne puis que me féliciter des réalisations remarquables dans les domaines qui nous tiennent à plus à cœur, nous les maires, je veux parler des infrastructures. Sur ce plan incontestablement il y a eu des réalisations de la plus haute importance pour la ville de Nouakchott comme des hôpitaux, les routes, les dispensaires, les bâtiments administratifs de qualité etc.
Le Quotidien de Nouakchott : Pourtant on dit que vous avez des rapports difficiles avec l’Administration…
Ahmed Ould Hamza : Je n’ai aucun problème personnel avec l’Etat, il est vrai qu’en tant que président de l’Association des Maires de Mauritanie (AMM) et à ce propos je tiens à souligner que l’AMM ne dispose que de dix millions d’ouguiyas qui ne couvrent même pas ses cotisations dans les instances internationale dont elle est membre. Comme président de l’AMM je me dois d’être syndiqué, c’est pourquoi je suis en pointe du combat pour plus de décentralisation et pour une plus grande participation des élus locaux dans le processus de décision qui concerne les administrés. Trouvez vous normal que l’Administration adopte un plan d’aménagement urbain d’une ville en l’absence du maire concerné ? Trouvez vous normal que le gouvernement prenne une décision concernant des infrastructures sans que le maire sois associé de près ou de loin ?
Il est déjà aberrant que pour l’enlèvement des ordures, il y a une longue chaîne de responsabilités qui rendent l’exécution et le suivi peu flexibles. Trouvez vous normal que des particuliers ont des milliers de mètres carrés de terrains clôturés alors que la ville ne possède pas le moindre lopin de terre pour aménager ou construire des installations collectives ? Ecoutez je vous le dis sans détours pour la première fois depuis sa création la CUN a beaucoup d’agent (même s’il sera écorné par la décision de résiliation des conventions de logement qui nous occasionne un manque à gagner de 200 millions d’ouguiya qui étaient prélevés à la source), elle a des cadres de conception compétents, elle est présente dans toutes les structures internationale de coopération décentralisée. Il ne nous manque qu’une franche collaboration avec l’Administration pour mettre en œuvre des réalisations importantes pour les populations de Nouakchott. Il faut ici souligner que Nouakchott est un cas particulier, c’est non seulement la capitale politique et économique du pays mais c’est aussi la ville qui abrite plus du tiers de la population. Donc compte tenu de son importance elle doit être traitée au niveau du premier Ministre ou du Président.
Le Quotidien de Nouakchott : Sur le dialogue avec les détenus salafistes, on parle d’une prise de position de Hamza relayée par certains journaux espagnols. Qu’en est il exactement ?
Ahmed Ould Hamza : C’est vrai récemment en marge d’une conférence à Barcelone, justement villes dont sont ressortissants les otages espagnols, des journalistes m’ont interrogé sur cette question et je leur ai réaffirmé le sentiment partagé par tous mes compatriotes à savoir ma désapprobation totale, ferme et sans concession pour ce genre d’actes. La Mauritanie est un pays d’hospitalité où chacun est choqué par ce qui est arrivé à nos hôtes espagnoles. Je leur ai aussi dit que tout le monde est mobilisé afin d’obtenir leur libération le plus vite possible. Concernant le dialogue entamé par les Ulemas avec certains détenus Salafistes je ne puis que m’en féliciter. Tous les mauritaniens ont hâte de tourner définitivement la page du terrorisme. Et si on peut y aboutir par le dialogue, je ne puis qu’approuver cependant pour que le tableau soit complet je voudrais que cet esprit d’ouverture prévale dans d’autres domaines notamment la scène politique par l’ouverture d’un dialogue franc et constructif entre le pouvoir et l’opposition.
Le Quotidien de Nouakchott : Les récentes journées de concertation organisées par la majorité n’étaient- elles pas, un cadre approprié pour ce dialogue ?
Ahmed Ould Hamza : J’étais en voyage au moment de ces assises mais pour ce que j’ai pu en lire dans la presse les conclusions étaient très positives et en tout cas certaines d’entre elles, ont toujours été au centre de mes préoccupations et de mon combat. Je veux parler de la décentralisation et de la création d’une police municipale.
Le Quotidien de Nouakchott : Avant de terminer connaissant les relations très particulières qui vous lient à l’ex gouverneur de la BCM Sid’El Mokhtar Ould Nagi, une réaction à sa libération…
Ahmed Ould Hamza : Ould Nagi n’est pas seulement un ami à moi, c’est un frère et comme vous l’imaginez, je suis très heureux qu’il puisse jouir de la liberté. Tout comme je suis heureux du règlement à l’amiable du différend impliquant mes autres collègues hommes d’affaires. Je tiens ici à en remercier le président de la République pour la diligence avec laquelle ces problèmes ont été réglés. Et j’espère même qu’à terme, nos prisons soient totalement vidées de tous leurs pensionnaires.
En guise de conclusion je tiens à réaffirmer mon entière disponibilité à travailler main dans la main avec l’Administration pour le bien être des populations. Je sais que rien ne peut se faire sans le soutien de l’Etat et il me reste deux ans et mon ambition est de laisser des réalisations concrètes pour mes concitoyens.
Propos recueillis par MSS





