États généraux de l’Éducation nationale en Mauritanie : La reforme de 1999 sera-t-elle supprimée ?
Le Premier ministre a procédé à l’investiture d’une commission de supervision des États Généraux de l’éducation mercredi dernier. La reforme du système éducatif mauritanien de 1999 qui a réunifié l’école, qui a instauré un bilinguisme quasi-intégral arabe/ français va-t-elle survivre à ces états généraux ?

Quelles langues d’enseignement pour l’école mauritanienne. Malgré les reformes de 1967, 73 et 79, il n’a pas été trouvé réponse satisfaisante à cette question. La reforme de 1999 a mis fin à « l’apartheid scolaire ». Elle a cependant, de l’avis des acteurs du secteur de l’éducation nationale, précipité la baisse du niveau des apprenants. Faut-il la supprimer, l’améliorer ou la maintenir ?
En 1979, la commission chargé de la reforme du système éducatif mauritanien avait proposé au comité militaire la formule suivante : L’arabe comme langue ciment, le français langue seconde et une phase transitoire de six ans préparant la généralisation de l’apprentissage des langues nationales ((poular, Wolof et Soninké) au fondamental. Le Comité militaire a amendé la copie finale de la commission en choisissant l’option des deux filières. L’Arabe pour les enfants arabes et le français pour les enfants des négroafricains. Ca a été le début de vingt ans de fracture scolaire. Résultat : des générations de mauritaniens qui ne se parlent pas. Pour remettre les petits mauritaniens sur les mêmes tables banc, en 1999, les filières ont été réunies par une nouvelle reforme.

Fin de l’apartheid scolaire

Pour, entre autres, permettre aux étudiants mauritaniens titulaires de bacs scientifiques en arabe de faire l’économie d’une année de français dans les université marocaines françaises, sénégalaises…la reforme de 1999 a rendu obligatoire l’enseignement des matières scientifiques (mathématiques, sciences naturelles et sciences physiques) en français. Au collège, la reforme a introduit l’Anglais, fait passer les classe de trois à quatre. Le nombre d’heures en arabe au collège est fixé à six heures avec un coefficient de quatre pour les deux premières années. En troisième année et quatrième année, le nombre d’heures d’arabe passe à cinq et le coefficient a trois. Toujours au collège, en première et deuxième année, il y a cinq heures de français avec coefficient trois, en troisième et quatrième année, le heures par semaines en français passent a quatre et le coefficient à deux. Au collège toujours, pour les quatre années, les mathématiques, enseignées en français, se taillent la part du lion avec six heures par semaine et coefficient cinq.

Forcement bilingues

Avant 1999, les arabophones (arabisant) pouvaient faire l’impasse sur le français et réussir leurs études. Les francophones, eux aussi (francisants) pouvaient faire l’impasse sur l’arabe et réussir. Avec la reforme actuelle, théoriquement, un apprenant ne peut rester dans le système s’il fait l’impasse sur l’une des langues principales d’enseignement (le français ou l’arabe). Le système est aménagé de telle sorte qu’au sortir du secondaire, l’élève mauritanien soit bilingue arabe / français et, accessoirement, anglais. Compte tenu de son histoire, de son environnement géographique….la Mauritanie peut-elle faire l’économie du bilinguisme?
«La reforme de 1999, sur le fond, règle de manière intelligente l’épineuse question des langues. Elle a juste besoin d’être améliorée pour rendre l école plus performante et plus en phase avec le marché de l’emploi » dit un professeur du secondaire.
Pour beaucoup de professionnels du secteur éducatif, il faut, pendant les états généraux en vue, « éviter de tomber dans le piège des idéologues qui ne manqueront pas d’engager des joutes sur la primauté de telle ou telles langue. »
La reforme de 1999 a cependant mis fin à l’expérience de l’enseignement des langues nationales au fondamental. Pour ces langues (poular, soninké et wolof) il a été ouvert un département à l’université de Nouakchott.
Bien pour la quantité, nul pour la qualité
Pour accompagner cette reforme ambitieuse, le PNDSE (programme nationale de développement du secteur éducatif) a été lancé. Le
PNDSE qui couvre la période 2001-2010 a donné de bons résultats en termes de scolarisation universelle et de constructions d’infrastructures scolaires. De 2 899 structures en 2000, le nombre d’école est passé à 3 557 en 2006, soit un accroissement global de 22,7% en cinq ans. Le nombre de salles de classe, de 9 419 en 2000 a atteint 8 244 en 2006, soit 1175 salles nouvellement construites. Au fondamental, la scolarisation universelle frise les 100%.
Malgré ces bonds quantitatifs, le niveau des apprenants ne cesse de dégringoler pour plusieurs raisons. La réforme de 1999, votée au parlement sans aucune concertation, n’a pas suscité l’adhésion de certains acteurs de l’éducation nationale. Les enseignants chargés de mener à bien la reforme, n’ont pas été associés à sa préparation. Il n’a pas été aussi évalué les ressources humaine pouvant conduire cette reforme. Pour faire face à l’augmentation de la demande en instituteurs, des titulaires du brevet on été recrutés à la hâte et en masse.

Khalilou Diagana