Des candidats en désarroi : Quand nos rêves nous aveuglent
Ils sont une soixantaine de personnes, accablés par le doute, assommés par le soleil et pétris par l’attente. Ils sont là depuis 6 heures du matin, chuchotant leurs espoirs, criant par moment leur désarroi. Est-ce approprié d’exhiber ses peurs ou peut-être d’attirer la fougue d’autres candidats rivaux ? L’information avait embrasé les âmes les plus désespérées de Nouakchott… et uniquement de bouche à oreille. Il fallait préserver auparavant cette aubaine, et voilà qu’elle porte les traits d’une calamité.

La Hollande semblait si proche. La grisaille néerlandaise tempérait par ses promesse, le vent sablé et ardent de Nouakchott. Le rêve est si proche et porte un nom à consonance germanique, affiche l’étendard européen et demeure si clément par son accessible formalité. Il suffit de déposer le dossier, de confier le passeport sans même la prudence d’un reçu accusant réception du document. « Ce n’est qu’à mon retour chez moi que je me suis inquiété un peu », « j’ai déposé le passeport depuis deux semaines », « moi aussi, depuis plus d’une semaine », « je viens ici tous les jours de 6h à 16h », « Depuis qu’ils ont fermé, on ne sait plus quoi faire »… rien que des phrases hurlant de désarroi, à la recherche d’une réponse, d’un mode d’emploi… « Sais-tu comment on fait ? », « Tu les connais », « Il est au commissariat de Tevragh Zeina »… « Il est algérien », « Non, un palestinien »… « Il est en règle, l’entreprise est en règle »… « Il est arrêté pour des raisons personnelles »…. « Dans cette histoire, c’est l’inspection du travail »… « Il y a des jaloux partout »……
Les témoignages se télescopent, abreuvant nos esprits d’un flot d’informations contradictoires. Certains dénoncent la démarche, d’autres tentent d’apaiser leurs propres angoisses, alors que certains s’érigent en leader tentant de canaliser l’attention par « de source sûre, proche, il sera là »… Pourtant ces personnes partagent les regrets et les doutes que l’ignorance inflige. L’ignorance de leur propre sort, de celui du PDG. Certains espèrent que cette garde à vue n’est due qu’à des accusations propres aux agissements personnels de l’accusé. L’entreprise sera sauve, leurs rêves sauvés. Mais au commissariat, la présomption d’innocence prime, aucune information n’est communiquée. Les proches du PDG baignent dans la même ignorance. Les employés n’ont pas été payés, aucun contrat n’a été signé, pourtant certains espèrent, tentent de réduire les charges d’accusations, qu’une foule en colère porte. « Il est certain qu’il n’est pas un escroc », assure un proche employé pourtant lésé. « On a relevé les failles et on les avait signalés. Pour nous tous, c’était une ouverture, un espoir et l’on espère encore ». Comment se fait-il que les personnes soumettent sans garantie leurs pièces d’identités ? Comment se fait-il n’oppose pas de résistance, qu’ils ne soient pas alertés par la nature même improbable de la démarche ? Comment se fait-il qu’ils se leurrent par tant de facilités, qu’aucune exigence et critère professionnels ne soient imposés, souhaités ou sollicités ? Comment se contenter d’un contrat inspiré par l’incohérence et initié par les erreurs ? Autant d’indices auraient dû alerter le lecteur, sa famille… ? Mais les rêves ont cette délicieuse aptitude à anesthésier nos sens, au point de nous aveugler. Diop Moussa a raison : « tendez un poignard à double tranchant à un noyé, il s’y agripperait »… A se saigner les veines ?