COURBER L’ECHINE, DANS LA LUTTE ANTITERRORISTE, PEUT S’AVERER UNE STRATEGIE SUICIDAIRE : Réponse à Me Aboubakarine S. Maïga dit Boubèye, avocat à la Cour de Bamako
J’ai été surpris, connaissant le tempérament généralement sage et calme des maliens, de lire la sortie véhémente et insultante à l’égard de la Mauritanie, d’un certain Me Aboubakarine S. Maïga. Le plaidoyer de Me Aboubakarine était empreint de maladresse et de passion. Il trahissait, de manière aveuglante, l’objectif d’attirer l’attention du pouvoir malien (le Président Toumani Touré) sur l’initiative de son auteur… soucieux de démontrer son patriotisme et de plaire, ainsi à son souverain. On serait, banalement, face à une triste danse du ventre, d’un quidam rêvant d’une « propulsion » à un de ces postes tant convoités par les arrivistes de tout acabit, si l’on n’avait pas assisté, dans le même temps, à une attaque en règle contre la Mauritanie. Prétendant l’indignation face au rappel par la Mauritanie de son ambassadeur, lors de cet épisode inacceptable de la démission du Mali dans la lutte antiterroriste, notre « avocat » s’est répandu dans un flot d’insultes et de contrevérités dont la violence était à peine voilée.

Sans entrer, à mon tour, dans une polémique de caniveau, et surtout par souci d’éviter au Mali, à ses valeurs et à son peuple, que je respecte, toute insulte, je me bornerai à restituer quelques vérités de nature à « ouvrir les yeux » à notre cher « avocat ».
La Mauritanie n’a pas « accusé » le Mali. La Mauritanie a jugé, à juste titre et à l’instar de tous les observateurs crédibles de cette affaire, que le Mali a foulé du pied plusieurs règles élémentaires : celles du droit international, de la coopération sous-régionale et, enfin, de bon voisinage. Dès lors, la patrie de notre « avocat » ne pouvait, en l’occurrence, bénéficier de la position d’accusé, si confortable en droit, puisqu’elle n’exclut pas la présomption d’innocence…si notre « avocat » maîtrise tant soit peu son droit.
Le Mali a cédé à un double chantage, des ravisseurs et de la France, libérant sans vergogne des terroristes, parmi lesquels un mauritanien. Or, les accords d’extradition, en vigueur entre le Mali et la Mauritanie, imposaient pourtant de livrer celui-ci à son pays. Une telle démission est un message de faiblesse qu’il est dangereux d’émettre en direction des terroristes. Car cela ne ferait que doper leur moral et leur ardeur, après avoir garni leur bourse, toujours par le biais du Mali dans des épisodes précédents. Quoi de plus favorable au recrutement par ces nébuleuses criminelles.
Les « droits de poursuites des terroristes » et les « réunions autour de ce banditisme dans la zone » que le Mali se flatte d’offrir à ses voisins, et que relève notre « avocat » en mal d’arguments, n’ont de l’importance que si le fruit de ces efforts ouvre sur des résultats probants. Par exemple l’échange d’informations édifiantes et celui des prisonniers. Ils n’ont de pertinence, également, que si les pays de la sous-région parlent le même langage face à ce fléau : celui de la répression et de la lutte implacable, pas celui, velléitaire, des compromis de coulisse et de la faiblesse.
La Mauritanie n’est pas le pays dans lequel ce phénomène a vu le jour, ni un de ceux dans lesquels il trouve un abri si confortable… suivez mon regard. Elle est une parmi ses nombreuses victimes dans le monde. Ce contre quoi elle s’emploie à agir, avec une efficacité que l’on commence à ressentir ces dernières semaines.
La Mauritanie ne s’est liguée avec aucun des pays de la sous région aux fins de « déstabiliser le Mali », comme le souligne imprudemment notre « avocat ». Il faut savoir garder le sens des proportions. Le rappel d’un ambassadeur et le rappel à ses devoirs adressés à un pays voisin et frère, comme le Mali, ne sauraient constituer une manœuvre de déstabilisation. Surtout si ces rappels, de l’avis de tous, sont fondés. Même la France, qui a été l’instigateur et le bénéficiaire de cette faiblesse du Mali, s’est bien gardée de faire le moindre commentaire, consciente du fait que la raison et le droit étaient du côté de la Mauritanie.
Etre « trois millions » de Mauritaniens, un peu plus ou un peu moins, n’a rien de rédhibitoire, comme notre « avocat » semble le souligner. La valeur des peuples, les performances des sociétés, ne sont pas liées à leur poids démographique. Si tel était le cas l’empire de Ghana, absorbant l’actuel Mali, n’aurait pas été disloqué et soumis par les intrépides cavaliers Almoravides, venus de Mauritanie. Il est des moments où le poids de l’histoire impose humilité et discrétion.
Rappeler à la Mauritanie l’héritage commun à tous que fut l’esclavage, de la part d’un ressortissant de la sous-région, relève d’une mauvaise foi manifeste. Rien n’a été plus partagé que cette commune douleur, dont l’un des épisodes les plus tragiques a été, par ailleurs, la « traite négrière transatlantique ». Au-delà des bénéficiaires de cette saignée, qui fut la source de ce commerce ?
L’auteur du brûlot stigmatise, aussi, le clanisme et le tribalisme qu’il semble considérer comme des tares exclusives à la Mauritanie. Rien n’est pire qu’une amnésie volontaire. L’un des visages de notre chère Afrique, que nous aimons par-dessus tout, n’est-il pas justement le clanisme et le tribalisme. De la rive sud du Sahara jusqu’au Cap (Afrique du Sud), les ethnies et les clans rythment la vie des sociétés et reconduisent bien des entraves à la modernité. Il y a d’ailleurs du bien comme du mauvais dans cette réalité sociologique. Ce que notre « avocat » ne semble ni démêler, ni percevoir.
Pas plus d’ailleurs, que la confusion dans ses arguments reprochant à la Mauritanie « de chercher par tous les moyens à être un pays arabe ». Avec cette diatribe, on sombre dans les abysses de la bêtise humaine. Rien n’est plus maladroit qu’une assertion à travers laquelle on perçoit la négation effrontée d’une réalité incontestable. La Mauritanie était arabe avant l’indépendance, elle l’est restée le long des décennies écoulées et le demeurera éternellement. Et c’est sans doute en raison de son arabité certaine, que le Maroc a bâti les fondements de sa revendication.
Les différends politiques, territoriaux ou frontaliers, ont toujours existé entre pays voisins. Mais ces litiges ne sont en rien porteurs d’une négation des Etats, de leurs souverainetés ou de leurs identités. La Mauritanie a connu un différend de cette nature avec un pays arabe voisin, maintenant totalement soldé, et cela n’a affecté ni son existence, ni son identité arabe. Au demeurant, est-ce que le différend territorial entre le Mali et le Burkina, qui donna lieu à la burlesque « guerre des pauvres », pouvait changer quoi que ce soit à l’identité des Bambaras, des Songhaïs ou des Soninkés du Mali ?
La Mauritanie n’est pas non plus le « terreau » de prédilection du recrutement d’Al Qaïda et n’a pas le monopole des affinités, avec les membres de cette dernière, que lui prête volontiers notre auteur. Le Mali a également sa composante arabo-berbère et se trouve être, depuis des décennies, un terrain privilégié pour les bandes incontrôlables, qui sillonnent ses territoires nordiques de long en large. C’est la collision entre les bandes touarègues, souvent en guerre contre Bamako, et les forces résiduelles de l’islamisme politique algérien, descendu au sud, qui a constitué l’embryon sur lequel Al Quaïda s’est développée.
Cette perte de contrôle du nord du Mali s’est si gravement accentuée que nous assistons aujourd’hui au débarquement, par des avions longs courriers, de cargaisons de drogue, sans doute venues d’Amérique Latine, dans les zones désertiques de ce pays. Ce trafic de drogue, auquel s’ajoute la contrebande de cigarettes ainsi que le crime organisé, sous couvert d’islamisme politique, se sont installés sur le territoire malien depuis plusieurs années maintenant. Aujourd’hui, ils tentent d’élargir leur rayon d’action au-delà du territoire malien.
Personne ne méconnaît le modus vivendi peu glorieux que le Mali a observé au bénéfice des terroristes. Jusqu’à l’enlèvement de Pierre Camatte sur son territoire, ce pays croyait être épargné des actions terroristes dirigées contre les autres pays et a délibérément fermé les yeux sur les bases-arrières d’une criminalité et d’un terrorisme dont les autres souffraient. C’est sans doute cette naïveté que tous les pays de la sous région, y compris le Mali, payent aujourd’hui au prix fort.
Quant aux menaces immatures d’embargo et autres vociférations de notre « avocat » contre la coopération sous-régionale et l’implication de la Mauritanie en tant que partenaire, les lecteurs auront d’eux-mêmes perçus le caractère simpliste et enfantin des arguments. N’en déplaise à notre « avocat », en Mauritanie nous demeurons attachés à cette coopération sous-régionale, persuadés que ni le Mali, ni la Mauritanie ne peuvent se passer l’un de l’autre.
Nous sommes également convaincus que le Mali, qui est le plus enclavé des pays de la sous-région, commence à s’oxygéner à travers le port de Nouakchott, lequel constitue, de plus en plus, un hub portuaire salutaire pour ses importations. Un embargo initié par un pays totalement continental contre un pays disposant d’une grande façade maritime et ouvert aux quatre vents risque de ne pas produire assez d’effets.

Mohamed Salem Ould Eblal, étudiant.