Bel Hadj Ali Abderrahman, ambassadeur de Tunisie à Nouakchott :«La Tunisie est parmi les premiers investisseurs en Mauritanie»
En marge de la soirée tunisienne organisée à Nouakchott le 18 décembre  par le Centre d’Affaires Equinoxe, l’Ambassade de Tunisie, et le site francophone Cridem, nous avons rencontré Bel Hadj Ali Abderrahman, ambassadeur de Tunisie en Mauritanie. Dans l’entretien qui suit, il a été question des relations entre la Tunisie et la Mauritanie

Monsieur l’ambassadeur, pouvez-vous nous faire un bref survol de l’état de la coopération entre votre pays et la Mauritanie ?
 
Les relations entre la Mauritanie et la Tunisie sont très anciennes. Elles remontent peut être au cinquième siècle avant JC. Le Grand navigateur carthaginois, Renan, est passé par le détroit de Gibraltar et des cotes mauritaniennes. Il est allé jusqu’au Cameroun. A son retour, Renan a écrit ses mémoires dédiés aux dieux de Carthage. Ces mémoires ont été traduits en grec et ce sont les historiens grecs qui nous ont instruit sur leur contenu. Donc depuis le cinquième siècle cette terre des hommes était connue des tunisiens et des carthaginois dont nous sommes les descendants.
Il y a ensuite la période arabo-musulmane depuis la création de Kairouan comme base de l’Islam au nord de l’Afrique vers  septième siècle après JC. C’est à partir de Kairouan que des commerçants arabo musulmans sont arrivés dans ces contrées pour y répandre l’Islam. Il ne s’agit pas d’un Islam conquérant. C’est l’Islam par la conviction, l’Islam doux, modéré, pacifique. On trouve dans les ruines de l’empire du Ghana, d’Aoudagost et de Koumbi Saleh des traces de convivialité entre les païens et les musulmans qui vivaient ensemble.
On peut parler aussi du mouvement des almoravides qui a pris naissance à Kairouan avec Yahya Ahmed Dali, un des chefs de tribu de Gadala Messoufa et Messouma. Ensuite, les grands voyageurs mauritaniens qui allaient à la Mecque passaient souvent par la Tunisie. Je peux citer Taleb Ahmed de la tribu des Dawal El Hady qui est passé par la Tunisie en 1831. Il a ensuite écrit ses mémoires avec deux à trois cinquième des pages consacrés à la Tunisie. La Tunisie qu’il décrit comme une terre de tolérance et de clairvoyance. Je peux citer aussi Mohamed Yahya Walati qui est passé par la Tunisie en 1897. Il y est resté plus de deux mois et y a enseigné. Je fais ces rappels pour vous expliquer que les relations entre la Mauritanie et la Tunisie sont très anciennes.
La dernière étape de ces relations, c’est la création de l’Etat moderne en 1960. La Tunisie est le premier pays à reconnaître la Mauritanie dès le lendemain de la proclamation officielle de son indépendance. Des milliers de mauritaniens ont fait ensuite leurs études en Tunisie et vice versa. Nous sommes deux peuples frères avec un passé commun. Nous travaillons pour notre présent et nous préparons notre avenir ensemble. Nos relations ont toujours été excellentes.
 
 
 
Quelle signification donnez-vous à cette soirée ?
 
Depuis l’antiquité, la Tunisie est un carrefour de civilisation. Un peuple à plusieurs couches : les berbères, les arabes, les carthaginois, les turcs, les byzantins, les français, les maltais, les italiens…C’est un pays de rencontres comme la Mauritanie. La Tunisie et la Mauritanie, c’est donc l’histoire de deux grands peuples de rencontre qui se rencontrent. En ce qui concerne cette soirée, elle vise à créer la joie, l’unité entre les hommes dans un monde déchiré. A l’aide de la culture, nous voulons créer la convivialité pour faire sauter certains préjugés et certaines barrières. C’est pourquoi toutes les nationalités sont représentées dans cette soirée. Nous pouvons vivres ensemble dans une diversité enrichissante.
 
 
 
J’entame ma huitième année à Nouakchott comme ambassadeur. J’ai écrit deux livres sur la Mauritanie. Le premier sur les liens historiques entre nos deux peuples et le second sur Mohamed Yahya. Il s’agit d’un manuscrit que j’ai trouvé dans les archives du fonds tunisien. Je travaille sur un autre livre parlant des liens entre la Mauritanie, l’Espagne, la Tunisie, la Turquie et l’Egypte pour montrer que notre environnement arabo musulmans et africain est le même avec toujours des rencontres. Cette soirée est une occasion pour nous découvrir les uns les autres. La soirée vise aussi à montrer que la Mauritanie est une terre de paix, de tolérance, de spiritualité, d’hospitalité.
 
Pouvez-vous nous faire une présentation de la communauté tunisienne en Mauritanie ?
 
 
La communauté tunisienne en Mauritanie était essentiellement composée d’étudiants. Il y a eu ensuite une colonie active du fait de la coopération et de nombreux efforts. Il y a environ 350 tunisien en Mauritanie. Nous ne sommes pas assez nombreux. Mais cette faiblesse numérique est largement compensée par la qualité des citoyens tunisiens vivant en Mauritanie. Il y a une centaine de cadres universitaires, experts, techniciens, ingénieurs travaillant dans les télécoms, l’hydraulique avec leurs collègues mauritaniens. Je peux citer aussi les 70 hommes d’affaires tunisiens qui travaillent en Mauritanie pour leur compte dans des sociétés de droit mauritanien. Ces 70 entrepreneurs qui payent leurs taxes et respectent la réglementation, font travailler un millier de mauritaniens. Ils créent du travail pour eux et pour les autres. Ils viennent s’installer pour créer des richesses. On peut considère que la Tunisie est parmi les premiers investisseurs en Mauritanie. La Tunisie est la première dans les Télécom avec la société MATTEL crées en 2000Il en est de même du premier laboratoire d’analyses médicale (Maurilab), la première usine de peinture industrielle. Dans une situation de crise du transport aérien, est née Mauritania Airways. Il s’agit là de décisions politiques et non de simples opportunités économiques. C’est le Président Ben Ali qui œuvre pour la coopération Sud Sud, pour le développement de la région et de la sous région. Nous sommes des africains. Nous pouvons travailler ensemble pour être indépendants des autres et dépendants les uns des autres pour le bien de nos peuples.
 
Propos recueillis par Khalilou Diagana