Affectation de Ould Ghailani : Une affaire d’Etat?
Jamais affectation de président de la Cour Suprême n’aura suscité plus grande polémique en Mauritanie. La politisation est passée par-là! Chacun y va de son explication…intéressée!

Au-delà des pouvoirs régaliens du Chef de l’Etat, c’st la décision prise par le président de la République de nommer Seyid Ould Ghailani, jusqu’ici président de la Cour Suprême, au poste d’ambassadeur à Sanaa, dont les observateurs tentent de percer le mystère. Mais, si l’on en croit, l’ancien ministre et avocat de profession et de surcroit un ami de l’ex-président de la Cour Suprême, Me Bettah, le premier intéressé aurait justement refusé sa nouvelle nomination et donc a rejeté la décision du président écourtant son mandat à la tête de la Cour Suprême. « Illégale et irrégulière » crie à qui veut l’entendre le président de la Convergence démocratique. Mais nonobstant cette dénonciation par Me Mahfoudh Ould Bettah, à l’occasion d’une conférence de presse organisée dimanche par la COD, faut-il vraiment chercher une autre explication plausible au fait que, contre toute attente, le président de la République ait décidé de se défaire du président de la Cour Suprême? L’homme était pourtant considéré, depuis le premier jour du coup d’Etat contre l’ancien président, Sidi Ould Cheikh Abdellahi, comme un maillon central du dispositif judiciaire proche du pouvoir. Que s’est-il donc passé entre les deux hommes pour que cette affectation, au goût de limogeage, soit prononcée ? C’est encore la nuit et le brouillard !

Une «affaire » ou un « montage »?
De toutes les voix « autorisées » aujourd’hui, seule celle de Me Bettah, pour ses relations personnelles avec l’ancien président de la Cour Suprême, ont foi dans ce registre, en attendant que l’intéressé ou le garde des sceaux, se prononcent sur les raisons. On peut donc supposer que Seyid Ould Ghailani aurait décliné sa nomination au poste d’ambassadeur à Sanaa. Même si le président n’avait pas quelque chose à lui reprocher, cette fin de non-recevoir, et sa récupération par la COD, augurent d’une relation ombragée entre lui et le président Aziz. La polémique suscitée autour de la question et les multiples présentations qui en sont faites risquent très certainement d’affecter les relations entre le président Aziz et celui qui était jusqu’ici considéré comme l’un de ses hommes de confiance dans l’appareil judiciaire. L’ex-président de la Cour Suprême a tout de même personnellement observé un mutisme total sur cette affaire. Mais à sa place tout le monde y va de son interprétation. La polémique a surtout enflé avec la publication par certains médias proches de la COD et notamment des Islamistes d’un faux communiqué de presse, attribué à l’association des magistrats. Il a fallu donc attendre lundi matin pour que la vérité soit rétablie par les premiers concernés. «Nous n’avons connaissance d’aucun communiqué » rendu public par notre organisation sur cette affaire, attestent-ils, en réaction à la diffusion de ce communiqué.
Loin donc de laisser échapper une occasion pour refaire le procès du président en place, la COD a expliqué l’initiative du président, comme une nouvelle tentative de faire inféoder la justice à son action. Une appréciation explicitement mise en lumière aussi bien par le président en exercice de la COD, Mahfoudh Ould Bettah, que par le président du RFD, Ahmed Ould Daddah ainsi que par l’ancien président Ely Ould Mohamed Vall. Les trois hommes y voient une atteinte « aux derniers symboles » de l’Etat et une grave mainmise personnelle du président Aziz.

Yahfdhou Ould Mohamed Youssouf installé

Dans le sillage de ces pérégrinations politico-politiciennes, le Président de la République, Mohamed ould Abdel Aziz, président du Conseil Supérieur de la Magistrature a donc installé, lundi, Yahfdhou Ould Mohamed Youssef comme nouveau président président de la Cour Suprême, après une cérémonie de serment à laquelle ont assisté, entre autres, le premier ministre, le président de l'Assemblée Nationale, M. Messaoud ould Boulkhaire, du 1er vice-président du Sénat, Mohamed El Hacen Ould El Hadj, du ministre secrétaire général de la Présidence de la République, M. Sy Adama, du ministre de la Justice, M. Abidine Ould El Khayre, du président du Haut Conseil Islamique, Mahfoudh Ould Lemrabott, du président du Conseil Constitutionnel…
Même si le Pouvoir semble avoir voulu mettre fin à cette polémique en assignant dans la célérité les fonctions à un nouveau magistrat, cette affaire risque de continuer de nourrir –ne serait-ce que pour quelques jours encore- les supputations parfois des plus fantaisistes…
JD