Abderahmane Ahmed Salem, directeur de la Maison des cinéastes : « Nous faisons partie du monde »
Le Directeur fondateur de la Maison des Cinéastes, Abderahmane Ahmed Salem est un personnage atypique que l’on ne présente plus. Il a été élu par les internautes homme de l’année 2009 en Mauritanie grâce au travail pharaonique qu’il exécute tous les jours pour enrichir le cinéma de son pays. Dans un entretien exclusif, il dédie son prix à tous les hommes et femmes de l’intérieur qui se battent tous les jours pour survivre. Mais aussi, il tire un bilan sur le SENAF 2009, ainsi que les projets futurs de la Maison des Cinéastes.




QDN : A qui dédiez-vous votre titre homme de l’année 2009 ?

Abderahmane Ahmed Salem :
Je suis plutôt un membre de cette grande famille qui essaie de faire son devoir pour son pays. Pour moi, l’homme ou la femme de l’année, ce sont ces hommes et femmes qui sont à l’intérieur du pays, qui sont déconnectés et qui combattent tous les jours pour vivre et pour partager quotidiennement ce qu’ils ont avec leurs proches. Je pense que c’est un signe très fort, mais qui doit retourner plutôt à ces pauvres qui n’ont pas la possibilité d’avoir la télévision, ni la radio, mais qui combattent quand même, tous les jours pour survivre.

QDN : Une récompense pour votre dévouement au cinéma mauritanien ?

AAS :
L’initiative, m’a beaucoup touché, parce que j’étais dans une liste, où il y’avait des gens renommés qui ont travaillé depuis des années, mais je pense que c’était aussi bien de mettre dans la liste un artiste. A travers ma modeste personne, c’est toute cette petite famille qui est la maison des cinéastes qui a été élue. Cette distinction n’est pas seulement pour moi. Elle n’est pas aussi la récompense d’un travail personnel ; c’est un travail d’équipe et de partage d’idées de projets, de rêves.

QDN : quels sont les tares qui empêchent le cinéma mauritanien de décoller ?

AAS : Mathématiquement, il y a trois choses très importantes, d’abord il faut une volonté politique d’utiliser l’art ou le cinéma pour aider le pays à se développer sur le plan social, culturel ou économique. On est dans un pays où la seule chose qu’on risque de ne pas perdre est notre valeur culturelle. On peut perdre toutes les autres richesses, mais pas nos valeurs culturelles. Tant qu’il n’y a pas cette volonté d’ériger la culture comme un moyen de développement, je pense qu’on ne peut pas aller bien loin. Deuxièmement, il faut un interlocuteur de la culture qui communique bien avec les acteurs et créateurs culturels et qui connaît bien son boulot. Troisièmement, Il faut s’ouvrir vers l’extérieur, on n’est pas dans un lieu clos, on fait partie du monde, il faut s’ouvrir vers les autres, les accueillir, faire plus de rencontre. Je pense que ce sont les trois éléments importants, ensuite il y a les problèmes financiers et économiques.

QDN : Quel bilan tirez-vous de la SENAF 2009 ?

AAS : C’était la plus belle rencontre des différentes SENAF. Parce que c’était un rassemblement de gens de différents horizons qui ont eu tous l’idée d’œuvrer ensemble, que ca soit dans leur création artistique, leurs projets, leurs démarches ou leurs écrits. Et c’était aussi un moment très fort parce qu’on a pu signer une déclaration de partenariat entre sept festivals de différents continents. C’était aussi très symbolique parce que c’était la première fois dans l’histoire de ce pays, qu’il ait deux films de la nouvelle génération de jeunes qui ont fait du bruit. Il s’agit de « on parle de1989 » et »mon ami disparu ». Je pense que la dernière SENAF a été une réussite totale, elle n’est pas passée à coté.

QDN : des projets?

AAS : Il ya énormément de choses, mais peut être il y a plus de classique comme la SENAF, Ciné Park, Ciné Majuscules et autres… Il y a de très beaux projets. On a un excellent projet de créer une semaine de cinéma en France sur la Mauritanie, c’est un package qui peut être présenté dans les différentes villes françaises. On va commencer par Paris en partenariat avec la région d’Ile de France. On prépare aussi un projet de partenariat avec le Festival International de Film de femmes à Créteil, on va avoir un petit stand pour la maison des cinéastes qui nous permettra de présenter des films sur la Mauritanie. On est sur un projet qu’on doit lancer dans quelques semaines qui s’appelle « Deux sans complexes » qui est cofinancé par plusieurs partenaires. C’est un programme destiné aux jeunes de moins de 35 ans qui essaient de créer des plateformes d’échanges, de discussions entre d’autres jeunes de différentes castes, de différentes ethnies, c’est un projet qui durera 3 ans. On essaie aussi de créer d’autres projets de partenariat avec les amis, comme celui qui s’appelle « Dynamo Projet » qui formera pendant un mois, des jeunes sur la réalisation des films documentaires, mais en même temps, il permettra de former des garagistes sur les risques de l’utilisation des outils. Donc il sera un mélange de mécanique et de cinéma. On a lancé il ya quelques semaine, la « Nouvelle Ecole de Sculpture » en partenariat avec la Communauté Urbaine de Nouakchott, dans le moughata d’el mina. On va lancer le deuxième atelier bientôt. On est sur d’autres formations qu’on organise pour des partenaires. Enfin, dans quelques mois, on va lancer notre semaine régionale à Boghé et on prépare aussi, la 5 édition de notre festival sur la thématique « 50 ans d’indépendance de la Mauritanie. »
Propos recueillis par Dialtabé